S'il fallait citer le cinéaste le plus influant au niveau du style de notre époque, Mann sortirait gagnant haut la main. Il suffit de regarder le polar français actuel pour s'en rendre compte, chaque tentative imite ou emprunte le style Michael Mann, jusque dans ses morceaux de bravoure (cf "36 quai des orfèvres"et "MR 73" de Olivier Marchal, la série "Flics" de TF1, "pour elle", "Secret Defense" etc....). Compte tenu de cette aura, il est très difficile aujourd'hui de voir "Public Enemies" sans analyser dès la première image la puissance formelle du cinéma de Michael Mann, et il faut dire que la séquence d'ouverture ne déçoit pas, le braquage du pénitencier par l'équipe de Dillinger est un sommet où chaque plan vous explose à la tête par son efficacité et sa justesse....la classe. La fin de la séquence où Dillinger essaye de sauver son mentor est tout bonnement magnifique.

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Ensuite le film prend son rythme de croisière, Depp impeccable en Dillinger, efface très rapidement l'appréhension qu'on avait à son égard (Jack Sparrow oblige). Arrive l'apparition de la française Marion Cotillard qui joue le rôle de Billie Frechette, le dernier amour de Dillinger, leur rencontre dans le bar à hôtesse magnifiquement filmée ne fonctionne qu'à moitié et la suite de leur histoire d'amour souffre du même problème. En gros, on a du mal à croire que Dillinger tombe follement amoureux d'elle et manifeste à ce point un désir de protection à son égard, car le personnage joué par Marion Cotillard dégage peu de charme et de fragilité, la magie française dans un film américain ne fonctionne peut être pas avec les français (surtout après "Taxi" 1 à 4), je pense que ce n'est pas la faute de Marion Cotillard (qui est parfaite de bout en bout) si l'alchimie ne prend pas, il s'agit plus d'un miscasting manifeste . Michael Mann ou les producteurs auraient plutôt du s'inspirer de l'option prise par John Milius dans son "Dillinger" de 1973 où l'actrice qui jouait Billie Frechette faisait plus écho au danger des situations par sa fragilité (pourquoi ne pas avoir demandé à Vanessa Paradis...surement parce qu'elle n'a pas gagné d'oscar !!!).
Ce déficit d'implication émotionnelle dans la love story handicape en partie le reste du film, empêchant toutes les séquences entre Marion et Johnny de carburer comme elles auraient dû. On est loin de la mélancolie des histoires d'amour de "Heat" et de la sensualité sauvage de celle de "Miami Vice".
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Malgré ses faiblesses "Public Enemies" regorge évidemment d'énormes moments de cinéma, la fusillade de nuit sans atteindre la beauté de celle de "Miami Vice" est un beau moment de peloche hors norme, où Michael Mann invente à chaque plan une nouvelle manière de filmer l'action. Sublime aussi, la séquence d'attaque de l'hôtel de Baby Face Nelson (joué par l'extraordinaire Stephen "This is england" Graham) où Melvin Purvis croise les yeux de la mort pour la première fois. Ce qui m'amène évidemment à aborder le sujet hot du moment, la prestation de Christian Bale. Depuis "Dark Knight", on l'impression que Christian Bale pas loin du pilotage automatique laisse ses partenaires de jeu gouverner le navire plutôt que de porter le film sur ses épaules comme à son habitude (cf "Batman Begins", "The machinist", "Rescue Dawn", "American Psycho"). Et hourra ! Christian is back (on l'avait pas vu aussi intense depuis "3h10 pour Yuma"). Tout en retenu, Christian Bale construit un Melvin Purvis plus humain que celui joué par Ben Johnson dans le film de Milius, moins ouvertement réac et surtout beaucoup plus conscient de son rôle de marionnette dans les mains de J.E. Hoover. A ce sujet l'esquisse de la personnification de Hoover par Michael Mann est intéressante mais on aurait aimé en voir plus, histoire d'approfondir encore l'effet de coup politique qu'était la chasse de Dillinger.
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Autour du trio oscarisable, Michael Mann a concocté un casting de second rôle impressionnant au point qu'on aurait aussi aimé les voir plus souvent, le film va tellement vite dans ces moments là, privilégiant par exemple Billie Frechette à la fraternité de la bande de Dillinger, que la mort de l'un ou l'autre n'a pas l'impact dramatique escompté (dans ce sens la bande du FBI s'en sort mieux).
Comme dans tous ses films Michael Mann a apporté un soin particulier à la bande-son, que ce soit les bruitages des fusillades en son direct (on a jamais entendu un machine gun sonner aussi vrai) qu'à la musique, et encore une fois le patchwork à la Mann déstabilise, entre Billie Holliday et complainte blues moderne, Ellioth Goldenthal compose des parties orchestrales très chargées dramatiquement, surlignant un peu trop les émotions que l'on devrait ressentir, on est loin tout de même des envolées pop de "Miami Vice" ou "Collateral" mais on est loin aussi de la justesse de "The Insider" ou "Heat".
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"Public Enemies" est comme les œuvres précédentes de Mann, un film brillant, innovant, hallucinant par moment mais il est aussi beaucoup plus froid que les autres et dramaturgiquement bourré de trous (le "Dillinger" de Milius souffrait de ce même défaut, la faute peut être à l'histoire de Dillinger). Paradoxalement je me dis au fond que je serais moins exigeant avec un autre cinéaste, que par exemple j'irais moins chercher la petite bête dans le prochain Tony Scott , le cinéma de Michael Mann est ouvertement moins évident narrativement, plus long en bouche tant il va vite, très très vite (surtout depuis "Collateral"), et il n'est pas faux de dire qu'il va peut être trop vite pour Dillinger et la crise des années 30, la modernité de Mann appliquée à cette époque fait presque des fois glisser le film vers l'anachronisme formel.
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Est-ce que "Public Enemies" livrera comme "Miami Vice" ses mystères petit à petit au fil des visionnages ? Le ventre mou du film touchera-t-il alors au sublime comme peut le faire la séquence de la mort de Dillinger....espérons-le. Même si ce n'est pas le cas, "Public Enemies" reste quand même un sacré film de gangsters, bien plus marquant que n'importe qu'elle polar sorti récemment.
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Note : 4/6

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