Les consortiums comme Alchemax et Pixel règnent en laissant vaguement croire à la persistance d’une démocratie. La Californie est désormais une île, ce qui confirme la vision très New York 1997 à laquelle se réfère l‘éditeur. L’inspiration de Carpenter est très clairement présente dans cet univers déshumanisé, et va même se poursuivre avec la création d’un personnage proche de Snake Plissken. Mais commençons par la version futuriste de Spider-Man: jeune ingénieur-généticien au sein de la société Alchemax, Miguel O’Hara va se retrouver en très mauvaise posture après avoir voulu démissionner suite à une expérience ayant mal tourné et qui a fait une victime. Son supérieur ne le voit pas ainsi, et il lui administre une drogue dont l’accoutumance balaiera toute velléité d’émancipation de la part de Miguel. Mais ce dernier décide de se reconnecter à son code génétique antérieur afin de supprimer les effets de la drogue. Durant l’expérience, un collègue mal intentionné fait fusionner les gènes de Miguel avec ceux du Spider-Man du vingtième siècle, sur lesquels travaillait Miguel. Le résultat est détonnant, Miguel acquérant les facultés du Tisseur, augmentées au passage (les lances-toiles mécaniques sont désormais obsolètes, la toile étant cette fois-ci organique, comme dans les films de Sam Raimi). Le premier justicier de ce monde est né, et il n’a pas la même personnalité que l’effacé Peter Parker… Tout comme son avatar du 20ème siècle, il va devoir ruser pour préserver son identité réelle tout en combattant les forces de l’ordre à la solde d’Alchemax. Le costume de ce Spider-Man 2099 est visuellement très réussi, avec même une petite référence au Punisher...



Le concept de l’univers 2099 permet de procéder à une refonte totale du mythe initial et de lui donner un nouveau souffle. Il donne aux scénaristes l’occasion de travailler sur un monde chaotique en déplaçant les codes des comics habituels (situé dans l’univers 616, qui est la dimension où évoluent les super-héros standard de Marvel) pour s’affranchir de la continuité et pour développer des thèmes différents. Le choix des héros tel Miguel O’Hara permet de mettre en avant les notions de manipulation des foules et du danger des monopoles des grands groupes, ce qui est complètement d’actualité en cette belle période de mondialisation…



Stan Lee s’est remis à la plume lors de la création de cette nouvelle ligne, et il a créé un personnage totalement nouveau, Ravage. Un membre haut placé d’Eco, la police écologique d’Alchemax, qui sous ses apparats de protecteur de l'environnement cache en fait le but d’appuyer considérablement le pouvoir de sa société-mère, et pas forcément pas les moyens les plus légaux qui soient. Paul Phillip Ravage est à la tête de cette milice, et lorsqu'il se rend compte des agissements réels d’Eco, il prend le maquis. La métamorphose du bureaucrate en justicier à la Snake Plissken est vraiment rapide et un poil exagérée, mais la suite des aventures de ce rebelle vaut le détour. Devenu fort en gueule, maniant l’humour dans les pires situations, il n’arrive pas à la cheville du Snake immortalisé par Kurt Russell (Gerard Butler y parviendra-t-il, d’ailleurs?), mais son côté baroudeur échappé d’un B-movie des années 80 fait plaisir à voir. Et son raid sur une île soumise à des radiations mortelles afin de sauver sa belle prend des allures de survival vraiment sympathiques, en alignant des tronches de cake pas possible nées de diverses mutations. D’ailleurs, Ravage lui-même ne va pas échapper à des changements physiologiques conséquents…



La troisième série publiée pour cette ligne est Fatalis 2099, qui propose de retrouver le célèbre ennemi des Fantastiques et souverain de Latvérie, de retour cent ans après avoir disparu. Il réapparaît dans un pays aux mains d’un redoutable tyran, Tiger Wylde, et il va tenter de le renverser afin de retrouver son trône. La particularité de ce personnage est que le doute persiste quand à sa vraie personnalité: Il a des souvenirs épars de sa vie, et parallèlement a ses tentatives de redevenir le leader de Latvérie, il essaie de rafistoler sa mémoire petit à petit, mais est-ce bien le même qu‘au 20ème siècle? La variation sur le Fatalis d’origine est vraiment intéressante, conférant au personnage une humanité qui lui faisait défaut jusque-là; il apparaît comme un chef d’état déterminé à protéger son peuple des agissements d’un dictateur, alors que le siècle d’avant, il régnait lui aussi en despote sur la Latvérie. Fatalis 2099, un cœur d’homme sous le masque de fer? Peut-être…



Le succès de cette ligne éditoriale verra apparaître par la suite plusieurs autres titres: Fantastic Four 2099, Ghost Rider 2099, Hulk 2099, Punisher 2099, X-Men 2099...

Dans ce futur alternatif, les héros se lèvent aussi pour contrer les injustices, et en s’appuyant sur de lointains souvenirs, la relève est assurée…