Il est entendu qu'une décennie se nourrit de la précédente, de la même façon qu'elle nourrira la suivante. La rupture est dans le calendrier, tout autant symbolique qu'elle donne le point de repère nécessaire. Ce qui se trame en ce moment sera établi dans la décennie à venir.

Ces années 80 sont marquées politiquement par Reagan et Thatcher. Si l'on fait rapidement une liste des évènements politique et sociaux, on se confronte à :

- Solidarnosc
- Tian'anmen
- Tchernobyl
- SIDA
- Chute du mur de Berlin

Les blocs communistes s'effritent et renforcent le libéralisme, la nouvelle maladie mortelle qui touche à l'intime se répand, accompagnée de la catastrophe nucléaire industrielle. Pas de quoi retrouver le sourire.
Mais ce n'est pas ce qui m'intéresse.

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Culturellement, les mass-médias prennent du coffre. Le video-clip, la création d'internet (encore réservé aux non-commerciaux), le compact disque, l'électronique, tout laisse croire qu'un véritable modernisme robotisé se met en place.
Le cinéma américain est imbibé de propagande, il a la science, le muscle et la foi de son côté (et la moustache diront certains). A côté des premiers blockbusters se trouve une industrie florissante aux USA, le cinéma pornographique, qui lui aussi sera transformé à jamais. Nous entrons de plein fouet dans un système de performance quantitative.

Les années 80 rompront définitivement avec les années précédentes en oubliant volontairement que la théorie a du sens dans l'image. Nous entrons dans l'ère de l'efficace. Et nos yeux et cerveau se sont habitués à la machinerie. Qui produirait Tarkovski de nos jours ?

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Musicalement, cela se ressent par une radicalisation sonore. Contrairement au punk anglais qui, bien qu'usant d'une violence certaine, n'use que des systèmes établis par le blues et le rock des années précédentes, il y a ce qu'on nomme new-wave, cold-wave, musique industrielle. Tout le gras des années 70 a fondu, les musiciens ne sont plus barbus et gras, ils sont imberbes et rachitiques. La nouvelle esthétique est là.
De l'autre côté de l'Atlantique, on assiste à un chamboulement étonnant. Mêlant étrangement les sitcoms (Dynastie, Dallas, Deux flics à Miami) et la pornographie péroxydée, le rock FM (Def leppard, Poison, Ratt, etc) vit ses heures de gloires, vaines mais engrangeant un bon paquet de fric. Tout l'édulcoré coloré des années 80 est là : permanente chevelue, maquillage androgyne, pantalon prêt du corps, bandanas je vous en passe et des meilleures. Le spectacle avait commencé dans les années précédentes avec Kiss, Twisted Sister et d'autres, mais l'auto-dérision a pris une autre tournure. Elle s'est si bien répandue qu'on ne sait plus si c'est du lard ou du cochon.

Le synthétique, l'électronique devient une texture populaire. On assiste à l'arrivée de la House music, et de son lot de hits de foire, accompagnée de nouvelles drogues chimiques. On avait déjà vu ça à la fin des années 60, mais ici l'idéologie n'existe plus. On pose un sourire sur un extasy (MDMA), et cela suffit amplement. Et, comble du cynisme, on arbore un badge avec ce fameux smiley, que beaucoup d'entre-nous, jeunes à l'époque, prennent pour un dessin sans arrière pensée.

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Pour en finir avec les sonorités de l'époque, on se devra de remarquer ce que nulle autre décennie n'avait envisagé : la violence ultime. De nombreux mouvements émergent, où la rapidité, le slogan scandé, l'engagement extrême comme réponse à l'individualisme sont remarquables. De la même façon, un autre extrême se découvre : le métal sans fioriture. Outre l'imagerie provocatrice et bon enfant, c'est bel et bien un chamboulement qui s'opère. Après les années 80, rien ne sera plus comme avant, tout sera permis, rien n'est respectable, tout se doit d'être expérimenté.
Cela donnera sa place à des disques extraordinaires.

L'imagerie 80's est aussi colorée que celle de la décennie précédente, mais le changement s'opère dans une angularisation systématique. Au diable les cercles et courbes généreuses des années 70, nous sommes dans l'ère du cube, de l'angle, de l'anorexie. la propagande s'adresse aux enfants, Barbie et Big jim le savent, et le fluo fait une entrée fracassante. Tout ce qui est synthétique a valeur de modernité. On abuse de la bande, on exagère la sensibilité de l'œil, l'outrance n'a plus de limites. On empile, on superpose, on casse les systèmes. Punky Brooster ( Brewster pour les intimes) n'a qu'à bien se tenir!

Nous avons tous en tête des images, des mélodies, des goûts sucrés et amers de ces années 80. Nous y sommes attachés comme à un cordon. Elles sont l'avènement d'une nouvelle ère, où la page a été tournée. Cynisme et individualisme en sont les deux piliers. Idéologie de la performance, arrogance libérale et culte de la pornographie quantitative, où le sensuel a perdu son énergie, en sont les hiéroglyphes. D'où la richesse des réactions, des tentatives de contrer le bonhomme. Ce que nous appelions il y a peu le mauvais goût des années 80, avec bon goût du coup, commence à devenir un patrimoine certain.

A chaque décennie ses incohérences, à chaque décennie ses perles rares.