Avec toutes les clés en mains, disons qu'il s'en est incomparablement mieux sorti avec Star Trek, film qui n'a à mon sens aucune autre prétention que de faire passer un bon moment et pourquoi pas parfois filer la banane. Mais sa réussite, fut d'abord, je dois le dire, un échec, car les 20 premières minutes sont catastrophiques. De l'intro lourdingue avec option lacrymal, jusqu'à la mise en place de Kirk (outrageusement et inutilement pompée sur "La Menace Fantôme", et le coup du gosse rebelle et génie avant l'heure) et de Spock (qui a dû filer des fistules au "Superman" de R. Donner), Abrams passe clairement à côté du début de son film, manquant d'imagination et de bollocks même.



Heureusement on n'a pas trop le temps de se décider à quitter la salle, vu qu'ensuite l'histoire et l'action lancent complètement le film. De la même façon, les acteurs semblent s'améliorer à mesure que les minutes passent, sauf pour Winona Ryder (dont on sent qu'Abrams voudrait la kiker, alors il lui offre un rôle pour la relancer. Le problème est que le rôle n'est pas adapté, qu'elle est vieillie à mauvais escient, donc ridicule). Les autres seconds rôles sont en revanche plutôt bien choisis, entre valeur sûre (Greenwood) et la jeune garde chargée de rappeler les McCoy, Chekov et autres Sulu, avec une mention spéciale à Simon Pegg en Scotty. Côté bad guy, Eric Bana qu'on reconnaît difficilement sous le maquillage, oscille entre le bon et le ridicule, mais s'il est parfois trahi par une mise en scène lorgnant vers "Battlefield Earth" et ses angles tordus, son histoire et les raisons de son destin de méchant en revanche sont assez bien vues.


J'en viens donc au scénario qui me paraît au final être le point fort du projet, transformant ce qui aurait dû donc être un mauvais nanar à 150 M de $ en une bonne surprise. Les scénaristes d'Abrams ont bien bossé, et, sans révéler trop avant le socle sur lequel repose l'histoire, leur grande inspiration aura été d'accorder à Leonard Nimoy un rôle conséquent, extrêmement bien écrit, trempant même dans le métaphysique: bref loin du caméo classique craint.


N'étant pas un connaisseur de l'univers Star Trek, j'ai certainement dû omettre des clins d'oeils ça et là que vous saurez mieux apprécier. C'est là l'intelligence du film de ne pas complètement trahir les spécialistes fanatiques tout en prônant l'ouverture à tous avec un spectacle bien branlé. A ce titre, l'autre point fort du film est technique: si les effets numériques ont dû parfois faire rire Lucas par l'outrance des références à Star Wars (la séquence entre Kirk et Nemo sur la plateforme, pompée sur celle entre Vader et Luke dans l'Empire), le vieux George a dû faire la gueule en voyant combien ils étaient beaux et bluffant, tant au niveau visuel que sonore (c'est pas du Lynch mais j'ai rarement été aussi impressionné par le son sur un block comme ça).


Par contre Abrams rejoint à égalité Lucas question mis en scène des rares combats homme à homme: il n'y arrivent pas. Manifestement Abrams s'en tamponne et ça se voit à l'écran, jusqu'au ridicule: lorsque Sulu sort son épée on se dit Yesss ! Et lorsqu'il s'en sert on est un peu gêné pour lui. Mais là n'est pas l'essentiel, le film a bien ses défauts et ses mauvais tics, emprunte allègrement à d'autres oeuvres ("Empire Strikes Back"), mais les trouvailles scénaristiques et la gestion des persos contrebalancent sans problème. Et l'éclate est même parfois là, alors que demander de plus ?

Note : 4.5/6