Le Vendredi aussi, c'est poésie (II)
Par Jean-Baptiste le vendredi 24 avril 2009, 19:42 - Livres en papier - Lien permanent

Et poésie funèbre. Fugue de mort, composée par Paul Celan vers 1945, après qu'il a fait l'expérience des camps. Sommet absolu de l'élégie, de celle qui vous plonge l'âme dans la noirceur de l'homme.
Ça tranche, dans la foulée de Star Trek, Chuck Norris et OSS 117 - mais on aime la diversité par ici.
Et puis, c'est un concours de circonstances : j'ai fini de lire le roman de Robert Littel sur la déchéance de Mandelstam (un autre poète) sous l'ère stalinienne (d'autres camps). Et France 2 diffusait hier un documentaire sur les Einsatzgruppen, déjà sortis de l'enfer par Johnatan Littel, précisément le fils de Robert.
Bref, ça se lit à voix basse, je pense, pour mieux sentir le rythme
FUGUE DE MORT
Lait noir de l’aube nous le buvons le soir
le buvons à midi et le matin nous le buvons la nuit
nous buvons et buvons
nous creusons dans le ciel une tombe où l’on n’est pas serré
Un homme habite la maison il joue avec les serpents il écrit
il écrit quand il va faire noir en Allemagne Margarete tes cheveux d’or
écrit ces mots s’avance sur le seuil et les étoiles tressaillent il siffle ses grands
chiens
il siffle il fait sortir ses juifs et creuser dans la terre une tombe
il nous commande allons jouez pour qu’on danse
Lait noir de l’aube nous te buvons la nuit
te buvons le matin puis à midi nous te buvons le soir
nous buvons et buvons
Un homme habite la maison il joue avec les serpents il écrit
il écrit quand il va faire noir en Allemagne Margarete tes cheveux d’or
Tes cheveux cendre Sulamith nous creusons dans le ciel une tombe où l’on n’est pas serré
Il crie enfoncez plus vos bêches dans la terre vous autres et vous chantez jouez
il attrape le fer à sa ceinture il le brandit ses yeux sont bleus
enfoncez plus les bêches vous autres et vous jouez encore pour qu’on danse
Lait noir de l’aube nous te buvons la nuit
te buvons à midi et le matin nous te buvons le soir
nous buvons et buvons
un homme habite la maison Margarete tes cheveux d’or
tes cheveux cendre Sulamith il joue avec les serpents
Il crie jouez plus douce la mort la mort est un maître d’Allemagne
il crie plus sombre les archets et votre fumée montera vers le ciel
vous aurez une tombe alors dans les nuages où l’on n’est pas serré
Lait noir de l’aube nous te buvons la nuit
te buvons à midi la mort est un maître d’Allemagne
nous te buvons le soir et le matin nous buvons et buvons
la mort est un maître d’Allemagne son œil est bleu
il vise tire sur toi une balle de plomb il ne te manque pas
un homme habite la maison Margarete tes cheveux d’or
il lance ses grands chiens sur nous il nous offre une tombe dans le ciel
il joue avec les serpents et rêve la mort est un maître d’Allemagne
tes cheveux d’or Margarete
tes cheveux cendre Sulamith
Paul Celan - FUGUE DE MORT
Commentaires
Etrange.
triste à mourir dans les étoiles.
Saint-Just :
"Je méprise la poussière qui me compose et qui vous parle."