Paris, Vendredi 13 Novembre , 18h15.

Avant de parler ouvertement de "The Box" revenons quelques temps en arrière, histoire de se pencher sur la cas Kelly.

En 2001 à juste 26 ans, Richard Kelly explose les portes du monde du cinéma avec un OVNI total, l'excellent et envoûtant "Donnie Darko", réponse masculine et aérienne au "Twin peaks, fire walk with me" de David Lynch. Auréolé d'une aura hors du commun suite à ce one shot brillant, Richard Kelly aide Tony Scott à faire son "Domino" en s'attelant au scénario : semi-réussite, le film ne marche pas très bien, c'est le début de la lutte pour Richard Kelly, qui s'engouffre tête baissée dans la préparation de son second film : "Southland tales", œuvre conceptuelle de science fiction en mode fin du monde qui traversera plus qu'un désert (dont celui de Cannes et de ses snobs siffleurs) pour arriver chez nous directement par la case DVD il y a moins d'un an.
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"Southland Tales", tout comme "Donnie Darko", livre toutes ses saveurs au spectateur méritant lors d'une deuxième vision. Comme si le ruban narratif tendu par Richard Kelly dans chacun de ses films échappait à notre réflexion première, flottant devant nous, laissant entrevoir ses couleurs sans les révéler totalement ; comme pour les grandes peintures, le meilleur moyen de les dévoiler c'est de prendre du recul par rapport à elles et de les savourer encore et encore..
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Maintenant que les bases Kelly sont posées, revenons à "The Box". Intriguant disais-je. Oui, car malgré ses défauts du premier coup d'œil, le film hante, surtout grâce à l'ambiance qu'il génère pendant 2 h, une ambiance, directement et consciemment héritée du cinéma de SF paranoïaque des années 70, son grand oncle le plus proche étant sans hésitation le génial "Invasion des profanateurs de sépultures" de Philip Kaufman. Même si Richard Kelly n'arrive pas à brasser la paranoïa et les implications sociales de la même manière que dans les années 70, il crée à sa manière un film mutant, resserré sur une famille au début pour s'extérioriser sur des mondes supérieurs. Je vais éviter de spolier le film de manière honteuse, mais sachez que le choix d'appuyer ou non sur le bouton rouge de la boite (appuyez, quelqu'un meure et vous touchez 1 million de dollars) entraine une série d'évènements débordant ou lorgnant vers les considérations philosophiques du "2001 l'odyssée de l'espace" ou "Le jour où la terre s'arrêtera" de Robert Wise.
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D'un autre côté, on peut aussi voir "The box" comme le miroir inversé de "Lost Highway" de David Lynch où tout commence là aussi par un objet étrange déposé devant la porte d'un couple de trentenaire. Alors que "Lost Highway" rentrait dans la névrose des personnages pour en faire un cauchemar éveillé, comme un film vu de l'intérieur d'un cerveau, "The box" lui s'ouvre vers le grand extérieur, celui des instances supérieures qui, à la manière de "Lost", joue avec les humains comme avec des pions sur fond de péché originel. Vous me direz que ça laisse la porte ouverte à pas mal de choses... mais au diable mes digressions, "The Box" mérite d'être vu, pour pleins d'autres raisons que je ne saurais nommer sans m'étaler encore plus. Par exemple, on pouvait tiquer et se gratter la tête e découvrant le casting, mais face au résultat, je m'incline, Cameron Diaz est méconnaissable en mère de famille infirme, James Mardsen pour la première fois épate (on en oublie ses piètres performances au sein des X-men), quant à Frank Langella, l'homme porteur de la boite et de son dilemme, pffiouuu impressionnant est le mot qui convient.
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Impressionnante aussi, la reconstitution esthétique des années 70 où se déroule le film, on pense par moment au style hivernal d'un des chef d'oeuvres de Cronenberg "Chromosome 3", pour sa captation de la banlieue nord-américaine, quant aux ambiances des lieux gouvernementaux on nage dans les eaux croisées des films de Pakula ("les hommes du président", "Klute", "A cause d'un assassinat") et du "Zodiac" de David Fincher. La référence n'est pas innocente car, tout comme Fincher, Richard Kelly a utilisé une caméra HD (la génésis) pour travaille sa patine 70's. On ne peut que crier à la réussite.

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Aucune de toutes ses qualités n'aurait eu le même impact sans la musique impressionnante composée pour le film par les membres d'Arcade Fire . Tout comme Jonny Greenwood ou Nick Cave pour "There will be blood" ou "Assassinat de Jesse James", Win Butler, Régine Chassagne et Owen Pallett transfuges du rock, créent une bande son orchestrale tutoyant le génie d'un Bernard Herrman ou d'un John Williams, on se croirait revenu au temps des compositions folles des 70's comme 'Fury", "It's Alive", "Obession", "Soeur de sang" et "Twisted Nerve". Pour mieux vous en rendre compte voici un extrait de cette BO encore inédite.


The Box OST

Bon, je voulais faire court mais je n'ai pas pu, ce qui est symptomatique de la puissance du film malgré ses défauts flagrants : une deuxième partie qui s'effiloche dramatiquement, quelques évidences scénaristiques par moment, des tics Lynchiens un peu faciles.

Voilà les amis, allez vous faire votre propre avis de ce pas, avant que le film ne quitte les salles obscures.

Note : 5/6

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