SHUTTER ISLAND - La règle du jeu de Scorsese
Par Shystrak(1/2) le jeudi 4 mars 2010, 02:20 - Cinéma et pacotilles - Lien permanent

...Marc Balta y était pour pour Airmole...
4 jours que j’ai quitté les rivages brumeux de SHUTTER ISLAND et autant vous le dire tout de suite, beaucoup de difficulté à m’en remettre, tant l’atmosphère entourant le chemin du Marshall Teddy Daniels (Leonardo Di Caprio) et son coéquipier Chuck Aule (Mark Ruffalo) est de nature à lentement mais surement grignoter votre cerveau puis votre âme.
En salles depuis le 24 février.
Martin Scorsese m’avait, bien sûr, ébloui de nombreuses fois auparavant à travers bon nombre de ses pellicules. Bien que récent apôtre du maestro (j’ai découvert la majorité de ses films sur le tard), les expériences exceptionnelles de spectateur vécue à travers la découverte de TAXI DRIVER, A TOMBEAU OUVERT, CASINO, AFTER HOURS ou encore LES INFILTRES forçait à un constat sans appel : quel que soit le genre abordé, Scorsese traitait son histoire avec une telle précision narrative et artistique que le film obtenu faisait presque instantanément figure de référence.
SHUTTER ISLAND, c’est d’abord pour votre serviteur un véritable fantasme sur pellicule, bien au-delà du croisement entre THE GAME et FIGHT CLUB que certains petits malins ne manqueront d’y voir. L’impression d’une perfection à tous les étages, de l’écriture au couteau de la moindre de ses séquences jusqu’à l’interprétation prodigieuse d’un casting impérial, le tout soutenu par une bande sonore mémorable (Le morceau de Max Richter est à pleurer de beauté). Mais ce qui frappe surtout, c’est la vitalité, la fraicheur de l’ensemble. A 58 ans, Martin Scorsese tente, continue d’expérimenter et de questionner son art de façon parfois surprenante, notamment dans son montage (la première demie heure comporte un nombre incalculable de faux raccords, choquant de premier abord mais parfaitement justifiés par le sens même de son propos) et entremêle avec maestria séquences d’onirisme envoutantes (à la composition rappelant autant SHINING que SPIDER) et séquences froidement réalistes notamment celles où son héros se confronte, en sueurs, aux nombreux pensionnaires de l’asile. Entre les propres trauma de son personnage et les dangers de l’île, Leonardo Di Caprio offre à son réalisateur une interprétation qui fera date, avec autant de nuances que le scénario comporte de tiroirs, soutenu de façon parfaite par ses partenaires de jeu, Mark Ruffalo en tête et certaines apparitions réjouissantes, Elias Koteas dans un happening à la De Niro et Jackie Hearl « Rorshak » Halley. 
Sous couvert d’un gigantesque jeu de piste, Scorsese se livre à un véritable questionnement sur la conscience, la prescience, notions étrangement présentes chez un Marshall qui dit se fier exclusivement à son instinct. Chaque indice fait l’objet d’un insert furtif qui nous amène souvent à nous questionner sur l’authenticité de ce que nous avons aperçu (le coup du verre d’eau demandé par la démente, visible en plan large et invisible lorsqu’elle le porte à ses lèvres en plan rapproché est à ce titre des plus parlants). Scorsese sollicite ainsi notre sens de l’observation comme rarement au point de faire lentement mais surement monter en nous un véritable sentiment de paranoïa. Si le cinéma est un mensonge de par son principe, comment réagir lorsque tout à l’écran semble être pur artifice ? 
Quand au fond même de l’histoire, la raison profonde de ce voyage et surtout de sa finalité, elle ne manquera pas d’alimenter les théories les plus passionnées des spectateurs quitte à être diamétralement opposée quand aux intentions du protagoniste principal dans les toutes dernières minutes du métrage. A titre personnel, cette marche en avant du Marshall Teddy Daniels vers son destin, m’a serré la gorge, le ventre et le cœur. Durant les 2h20 du film, j’ai été intrigué, passionné, franchement inquiet et finalement ému aux larmes, allant partout où Scorsese voulait me mener, laissant tout cynisme en dehors de la salle. Sous couvert d’une narration habile à susciter la paranoïa autant que l’empathie, SHUTTER ISLAND nous plonge dans un voyage à travers nos propres ténèbres derrière lesquelles se situe une émotion rarement connue jusque là sur un grand écran. Il faudrait être bien jeune ou bien vide pour refuser un périple aussi renversant.
Note : 6/6
Marc Balta

Les affiches

Commentaires
Superbe billet...lu avec la bande son du film, on a l'impression d'y retourner et même si le voyage n'a pas été le même pour moi car j'avais le livre en tête, ce "Shutter Island" est un trip incroyable de noirceur, au final tétanisant. Marc je suis d'accord avec toi sur toute la ligne !
Expérience énorme pour moi également.
Et quand sa mise en scène se fait hyper directe, l'effet est boeuf : son travelling meurtrier dans les camps, et la scène du trauma au lac, p'tain, ça m'a marqué au fer blanc.
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WHITE LIGHTNING Un film de Dominic Murphy, c'est ça qui me donne envie, en ce moment. Quelqu'un l'a vu ?
Non mais on compte sur toi, moi aussi ça me donne envie mais j'aurai probablement pas le temps..
le temps ? C'est quelque chose qui existe encore ?
Il faudra demander à monsieur Proligère ce qu'il en pense, du temps...
Argh.
Une fois de plus tu partages avec nous un super article. Toutes mes felicitations.
Une fois de plus tu partages avec nous un super article. Toutes mes felicitations.
sauf la dernière phrase, totalement fausse.
Dommage qu'on n'entende pas parler de Lehane dans cet article. J'aimerais bien savoir où se situe le réalisateur par rapport au récit.