"ENTER THE VOID" aka "Soudain le vide" de Gaspar Noé (2010)
Par Shystrak(1/2) le jeudi 11 mars 2010, 00:27 - Cinéma et pacotilles - Lien permanent

Texte de Zelanog aka Seb. G.
Date de sortie cinéma : 5 mai 2010
9 mars 2010 – Paris, Champs Élysée – ciel bleu et ensoleillé
Il est 13h, il fait froid. Un petit groupe hagard tente de se réchauffer devant un cinéma. Là, Jan Kounen salue Bertrand Blier, Pascal Laugier sautille sur place en écoutant Christophe Gans. Vincent Cassel se fait interviewer. Thomas Bangalter a tombé son masque de robot. Il y a même Momo, le fan qui coure entre tous ces représentants du cinéma qu'il affectionne tant. Et pendant ce temps, Gaspar Noë sourit.
3 heures plus tôt, caler entre Gérard Delorme, éminant critique et le non moins célèbre Pierre Delorme (aucun lien, fils unique), je regarde tout ce petit monde prendre place dans la mythique salle 1 du Publicis. Les lumières s'éteignent, le film commence...
La suite en image le 5 mai 2010. Vous avez 5 secondes pour quitter la lecture de cette page.

Oscar et sa soeur Linda habitent depuis peu à Tokyo. Oscar survit de petits deals de drogue alors que Linda est stripteaseuse dans une boite de nuit. Un soir, lors d’une descente de police, Oscar est touché par une balle.
Passé, présent et futur se mélangent dans un maelstrom hallucinatoire.

A savoir si j'irais le revoir, je ne sais pas. Il y a dans Enter The Void autant de séquences que j'ai envie de revivre que d'autres que je préfère oublier. Film somme, Noë va loin, très loin, trop loin. Mais comment lui reprocher d'avoir franchi le point de non retour ? L'outrance de son pari cinématrophique convoque tout les sens connus et inconnus de ce qu'un spectateur peut attendre d'un film. En adaptant littéralement Le Livre Des Morts Tibétains, il colle à son inspiration en ouvrant le champs des possibilités sensitives. Tout au long de ces 2h40, il nous prend en otage pour nous offrir un véritable rollercoster de l'âme en plan séquence subjectif. Jamais je n'ai été aussi éveillé (qui plus est pour une projection matinale) devant un film. Le temps se dilate pour donner l'impression d'avoir passer la journée dans une salle de cinéma tout en ayant la sensation que l'expérience n'a durée que quelques minutes, tout au plus. Expérience, il sagit bien de cela. Faisant s'entrechoquer Kubrick, Lynch, Jodorowsky, Hou Hsiao Sien, Wong Kar Wai, Friedkin ou Anger j'en passe et des meilleurs, Noë livre une œuvre à part entière, sans équivoque qu'il qualifie de mélodrame psychédélique. Paradoxe d'univers. Confrontation des points vues. Répétitions aller et retour de l'existence de son héro sous DMT (molécule sécrété par le cerveau au moment de la mort générant des hallucinations). Réminiscence du passé à la recherche de lumière. Cette recherche est au coeur des préoccupations de son auteur, prendre de la hauteur pour mieux trouver le chemin du sens de la vie, de la mort. La caméra virevolte tel un papillon attiré par la multiplication des sources de lumières, celle d'un briquet allumant une pipe à crack, les néons d'un bordel, les flammes d'un crématorium, la chaleur d'un sexe en érection, d'une femme en plein orgasme. L'image se tord, se distord passant d'un flou artistique à un effet stroboscopique (bon courage les épileptiques). Tout semble maîtrisé. Film en mouvement constant, il faut s'accrocher tout en se laissant aller. L'image et le son fond le reste. 
Enter the Void est une forme de rédemption pour Noë, cinéaste de la provocation, de l'expérimentation, de la recherche, du questionnement du moi et du surmoi. Pourtant, il serait stupide de ne retenir que les séquences chocs, celles qu'il nous force à voir, à sentir. Il faut les accepter. C'est aussi ça le cinéma, une représentation du réel qui nous questionne sur notre rapport aux émotions, à cette même réalité, fuyante.
A l'instar de Irréversible dont on oublie souvent comment il finit (donc comment il commence), Enter The Void aborde une dimension mystique, de replie sur soi pour se libérer du poid de la vie à partir du moment où l'on accepte sa finalité. Le tout formant un cycle trouvant sa voie dans la réincarnation, la naissance quelques parts d'un nouvel être criant d'arriver sur cet échiquier de fou qu'est le monde, conscient de recommencer une vie avec ces quelques hauts et ses nombreux bas. La parabole et mise en abîme cinématographique n'en est que des plus salutaires, véritable déclaration d'amour à un art septième qu'il malmène, en quête de sens immersif et de renouveau. Plus dure sera la descente.
Soudain, le vide s'empare de moi. Les images se bousculent, la pellicule de mon cerveau se rembobine. Le film sort dans 1 mois et demi, j'ai hâte de le voir...

Commentaires
Intriguant, vraiment, j'ai tendance à vraiment trop oublié quel formaliste puissant peut etre Noé. "Soudain le vide" me donne envie surtout depuis que je sais qu'il s'ouvre par un morceau de LFO !
bel article, étrange expérience. Un peu d'expérimentation ne fait jamais de mal, dans ce cinéma trop souvent schlérosé...
http://www.youtube.com/watch?v=o9B9...
la bande annonce japonnaise