La stratégie du choc, bouquin indispensable de la non moins indispensable Naomi Klein, a clarifié ce flou qui me submergeait. Rien ne vaut une bonne crise pour faire passer l'impassable, pour sortir les sorcières des placards au nom du cas exceptionnel. Je me souviens de ce jeune homme qui me disait "rien ne vaut une guerre pour relancer l'économie d'un pays". Si les systèmes économiques sont si fragiles, si stupidement friables, à quoi bon construire nos sociétés sur ce système ?

Katrina
Il y a quelques nuits, j'ai rêvé de la fin du monde. Sous la forme de multiples feux, puis d'une immense boule de feu dévastatrice, tout ce qui était la marque de l'humanité disparaissait en quelques secondes pour devenir poussière noire. J'ai essayé plusieurs cachettes, sous terre, sous l'eau, ravin et glace, mais chaque tentative se soldait par un échec, triste et pitoyable. L'air avait décidé de s'enflammer, et nous tous avec. Quelques jours avant, je m'étais rendu compte qu'on ne peut pas fermer les yeux dans un rêve, tout juste peut-on se cacher les yeux avec la paume des mains. C'est amusant de penser que le rêve se fait les yeux fermés et qu'il n'accepte pas une deuxième fermeture. Ne pas voir le rêve, c'est ouvrir les yeux, et se réveiller. Je vous promets que le jour où nous ouvrirons les yeux, ce que nous verrons nous semblera si insupportable que nous nous dépêcherons de les fermer, à nouveau.

myopie
La myopie comme art de vivre, voilà ce que propose mon état fébril. Il y avait au musée d'art moderne de Saint-Etienne une peinture qui m'a marqué, dont je ne me souviens ni du nom de l'artiste, ni du nom de la toile. L'artiste avait réussi à saisir le flou du myope, cet état étonnant où le monde s'offre intimement, lisse et grésillant. Je l'affirme, j'aime certains flous, pas tous. Celà doit avoir un lien avec mon état de myopie. Chacun la sienne. Hé hé.