Manchester Music City - vibrations urbaines
Par Cyrille le samedi 26 juin 2010, 10:19 - Musique et brouhahas - Lien permanent

Manchester Music City 1976-1996, par John Robb, publié aux éditions Rivages.
Héritage, plongée au cœur du punk et de ses déjections - quand les intervenants s'en mêlent.
John Robb fut le bassiste du groupe The Membranes, originaire de Blackpool. Dans l'ère du temps de l'avant-garde bruitiste des années 80, le groupe sut se faire une place dans l'underground.
Le bouquin de John Robb a la particularité de laisser les intervenants de la scène mancunienne nourrir le propos. Ce sont eux qui font le livre. John Robb chapitre et agence. On est ainsi plongé au centre même du cyclone, réajustant les imprécisions, souriant des paradoxes et contradictions, partageant la mauvaise foi de certains.
On commence par les sixties : ce qui caractérise la ville, c'est son attirance pour la musique noire : blues, jazz et soul. La déferlante Motown et Tamla fait naître la nothern soul : rythme hypnotique et groove urbain. Un homme eut la culture nécessaire à ce chamboulement : Roger Eagle, à la discothèque impressionnante. Il sera un DJ influent. Différents clubs participent au mouvement, les mods aiment les amphétamines, l'émission Top of the Pops (présentée par Jimmy Savile, qui affirme être le premier DJ) est enregistrée dans la ville, et John Peel commence sa mythique émission de radio sur la BBC.
Suivent les seventies ; le malaise port-industriel s'installe dans la ville. Du coup, la vague glam semble un peu ridicule à certains mancuniens. T. Rex, Bowie et Roxy Music sont néanmoins au centre des débats musicaux. On évoque aussi le Velvet Underground, les New York Dolls (Morrissey a pris un choc en voyant "Jet Boy" dans l'émission The Old Grey Whistle Test) et Van Der Graaf Generator. Alors que les hippies s'essoufflent, que le rock progressif devient commercial, le mouvement punk émerge de la grisaille de Manchester, un peu comme "la revanche des hippies" (Liz Naylor). Le concert des Sex Pistols à Londres, en février 1976, va être le moteur des ambitions : ils joueront ensuite à Manchester deux concerts qui marqueront la ville à jamais : 4 juin et 20 juillet 1976. Les Buzzcocks se forment, et toute une scène se met en place : Slaughter and the Dogs, The Fall, Durutti Column et bien d'autres. Le mouvement punk se singularise par son accoutrement : récupération, excentricité. Musicalement, tout n'est pas toujours identifiable. Mais ce qui est sur, c'est que tout un chacun se dit : "je peux fonder mon propre groupe". L'énergie et l'audace primèrent sur la technique.
Puis dès 1978, le mouvement meurt, et laisse place au post-punk, d'une créativité exemplaire. Le label principal sera Factory Records, extension du Factory club. Les groupes y ont une véritable liberté artistique. On y trouve bien entendu Joy division, mais aussi une ribambelle de groupe tout aussi intéressants, section 25, Crispy Ambulance, A certain ratio, etc. Martin Hannett est derrière les manettes, et donnent à tous ces groupes un son identifiable.
Les eighties : cette décennie débute par le suicide de Ian Curtis, chanteur de Joy Division. Le groupe deviendra New Order, l'hacienda se construira, les DJ envahiront les scènes accompagnés du hip-hop, les Smiths marqueront les esprits, l'acide se trouvera sur toutes les langues, etc etc etc...
Ce livre permet de comprendre une époque, indéniablement.
Je vous recommande fortement Urgh! A Music War, concert enregistré en 1980, où fleurissent les groupes de cette période.
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