Quelques cases en plus (2), chaînes, détritus et grand air.
Par Cyrille le mercredi 19 septembre 2007, 21:47 - BDcédaire - Lien permanent
Ce qui est fascinant dans la bande-dessinée, c'est que tous les thèmes peuvent y être abordés, sous toutes les formes que ce soit. On prendra autant de plaisir dans un classicisme de bon ton, que dans une expérimentation psychédélique. A bien y réfléchir, c'est bien le seul art populaire dans lequel l'expérimentation a sa part du gâteau. Même si beaucoup d'essai ont été transformés dès le départ, je pense à l'excellence de Little Nemo, cette pratique n'a de cesse de parcourir l'étendue des possibles pour notre plus grand plaisir, et parfois pour notre plus grand ennui ... Mais trêve de plaisanterie, allons au coeur du sujet.
Chaînes, Jorge Garcia & Fidel Martinez, editions Rackham. (8/10)

Deux jeunes auteurs s'attaquent à un gros morceau : le parcours de prisonnières politiques espagnoles au tout début de la période franquiste. Différentes histoires, différentes prisons, différentes figures féminines écrasées.
La principale force de cette bande-dessinée se situe dans l'alliance parfaite entre un scénario béton et ce dessin très expressioniste, noir et blanc au scalpel. On passe ainsi d'un portrait poétique à l'extrême dureté de l'incarcération, la défense de ses idées, des destins de femmes qui parfois s'oublient, s'égarent pour survivre.
Jamais misérabiliste, finement écrit, la cohérence du style graphique rend cet hommage aux oubliées de la dictature franquiste totalement indispensable. Une expérience de lecture intense, et enrichissante, autant intellectuellement qu'émotionnellement.
Fell. , 1. Snowtown, Warren Ellis & Ben Templesmith, éditions delcourt. (8,5/10)

Richard Fell le flic vient d'être affecté à Snowtown, et on peut dire que c'est pas la panacée. La ville est morne, violente et sale, tout y semble déjà mort. Néanmoins, tout a le potentiel pour vous pourrir la vie, surtout si vous êtes flic. A ce propos, le commissariat est des plus déserts.
Des solitudes, des violences désespérées, un personnage tout ce qu'il y a de romantique, ce fameux Richard Fell, avec une sale histoire qui traîne dans ses basques. Et la ville, Snowtown, du mauvais côté du fleuve, là où le crime est monnaie courante mais sans étalage. Une tristesse se dégage du trait, des couleurs grises et sombres, d'une atmosphère à la hauteur du scénario. Car Warren Ellis n'est pas un branquignole (Authority, Planetary, ...), il sait mettre de la chair dans ses personnages. A ce propos, la chair devra être marquée au fer rouge par la jolie tenancière du pub du coin, que ce cher Richard Hell ne soit pas assailli par les ombres de Snowtown. Les marques sont là, passé présent futur, inexorables.
Attention, c'est du bon, du très bon et du très sombre.
Là où vont nos pères, Shaun Tan, Dargaud. (9,5/10)

Toujours difficile de parler de ce que l'on considère comme un chef d'oeuvre. Quatre ans de travail, de recherches. Une bande-dessinée sur l'exil, le migrant, tout laisser pour tenter. Une bande-dessinée sans nécessité de parole, la force du trait. Et quel trait ! Chaque case est à contempler, l'univers de cet australien d'origine chinoise est d'une richesse infinie, inépuisable. Ouvert au hasard, l'album a déjà cette force qui accapare l'oeil.
L'histoire est simple et nourrie d'anecdotes piochées racontées par des migrants de différentes époques, différents lieux. L'intelligence de l'auteur est dans la faculté à rendre le témoignage empreint d'un imaginaire proche du manga dans les créatures omniprésentes, douces et harmonieuses.
Délicat mélange de réalité et de fiction.
Coup de maître. On en découperait presque les planches pour les afficher dans son salon.
Commentaires
Rien qu'avec une case, le Shaun Tan semble saisissant. Et le Ellis m'a l'air d'être le genre d'histoire classique savamment détournée... Que de cases encores inconnues...
Shystrak, Fell devrait t'intéresser, demande à Kro de te l'offrir !
Fell, c'est très très bon!!!
Probablement une des meilleures parutions de l'année en comics! En plus le trait de Ben Templesmith est particulièrement original et réussi.
Une nouvelle réussite à l'actif de Warren Ellis.
Pour l'anecdote, Templesmith est également le dessinateur de 30 jours de nuit, dont l'adaptation ciné débarque sur les grands écrans fin octobre, et qui a l'air très chouette!
Pour finir Cyrille, si tu as apprécié, tu pourrais essayer , aux éditions Carabas, Criminal Macabre de Templesmith et Steve Niles, le maître de l'horreur en comic book (Remains, Big Foot, 30 jours de nuit...)
30 jours de nuit, j'ai trouvé ça très surfait. Une excellente idée de départ, aussi siimple qu'imparable, et c'est tout. Le scénar ne m'a pas emballé, et je n'adhère carrément pas au trait de Templesmith.
J'ai bien aimé Chaînes, même si dans certaines histoires, j'ai dû m'accrocher pour arriver à distinguer les personnages les uns des autres. C'est la contrepartie d'un graphisme très stylisé (dessin "au scalpel" + noir et blanc + pénombre + scène vue de loin = parfois difficile de savoir qui est qui).
Airmole ça commence à me saoûler sévère, j'vais regarder le rugby....
bah
Quel blansec cet Adel ...
Adel ferait mieux de s'extasier devant le " Là où vont nos pères" de Shaun Tan.
Les dessins sont juste incroyables, une qualité qui oscille entre de la photographie et le cinéma en noir et blanc. Aussi la présence de texte aurait été inutile tellement les images dégagent une histoire, des histoires, faisant fonctionner notre imaginaire de la plus belle façon.
Merci petit Jésus pour ce billet!
enfin !
Ah, merde tiens, je m'étais dit que j'irais feuilleter ce Shaun Tan, et puis j'ai oublié. Thanks, -e
-a.Et oui, ça serait dommage de rater la plus belle bédé de l'année 2007 (je peux dire ça parce que j'ai lu toutes les parutions de bande-dessinée de l'année 2007).