Chaînes, Jorge Garcia & Fidel Martinez, editions Rackham. (8/10)



Deux jeunes auteurs s'attaquent à un gros morceau : le parcours de prisonnières politiques espagnoles au tout début de la période franquiste. Différentes histoires, différentes prisons, différentes figures féminines écrasées.

La principale force de cette bande-dessinée se situe dans l'alliance parfaite entre un scénario béton et ce dessin très expressioniste, noir et blanc au scalpel. On passe ainsi d'un portrait poétique à l'extrême dureté de l'incarcération, la défense de ses idées, des destins de femmes qui parfois s'oublient, s'égarent pour survivre.

Jamais misérabiliste, finement écrit, la cohérence du style graphique rend cet hommage aux oubliées de la dictature franquiste totalement indispensable. Une expérience de lecture intense, et enrichissante, autant intellectuellement qu'émotionnellement.


Fell. , 1. Snowtown, Warren Ellis & Ben Templesmith, éditions delcourt. (8,5/10)



Richard Fell le flic vient d'être affecté à Snowtown, et on peut dire que c'est pas la panacée. La ville est morne, violente et sale, tout y semble déjà mort. Néanmoins, tout a le potentiel pour vous pourrir la vie, surtout si vous êtes flic. A ce propos, le commissariat est des plus déserts.

Des solitudes, des violences désespérées, un personnage tout ce qu'il y a de romantique, ce fameux Richard Fell, avec une sale histoire qui traîne dans ses basques. Et la ville, Snowtown, du mauvais côté du fleuve, là où le crime est monnaie courante mais sans étalage. Une tristesse se dégage du trait, des couleurs grises et sombres, d'une atmosphère à la hauteur du scénario. Car Warren Ellis n'est pas un branquignole (Authority, Planetary, ...), il sait mettre de la chair dans ses personnages. A ce propos, la chair devra être marquée au fer rouge par la jolie tenancière du pub du coin, que ce cher Richard Hell ne soit pas assailli par les ombres de Snowtown. Les marques sont là, passé présent futur, inexorables.

Attention, c'est du bon, du très bon et du très sombre.


Là où vont nos pères, Shaun Tan, Dargaud. (9,5/10)



Toujours difficile de parler de ce que l'on considère comme un chef d'oeuvre. Quatre ans de travail, de recherches. Une bande-dessinée sur l'exil, le migrant, tout laisser pour tenter. Une bande-dessinée sans nécessité de parole, la force du trait. Et quel trait ! Chaque case est à contempler, l'univers de cet australien d'origine chinoise est d'une richesse infinie, inépuisable. Ouvert au hasard, l'album a déjà cette force qui accapare l'oeil.

L'histoire est simple et nourrie d'anecdotes piochées racontées par des migrants de différentes époques, différents lieux. L'intelligence de l'auteur est dans la faculté à rendre le témoignage empreint d'un imaginaire proche du manga dans les créatures omniprésentes, douces et harmonieuses.
Délicat mélange de réalité et de fiction.

Coup de maître. On en découperait presque les planches pour les afficher dans son salon.