American Born Chinese (histoire d'un chinois d'Amérique), Gene Luen Yang, Dargaud. (8/10)



Etonnante bande-dessinée. Notamment dans la structure du récit. L'histoire du dieu-singe se mêle au récit d'un jeune chinois débarquant dans une classe américaine, et à l'autre récit beaucoup plus déstabilisant, d'une espèce de sitcom où le ridicule ne tue pas.

Le dessin des plus simples rend le récit attachant. On savoure le conte, on écarquille les yeux devant les déboires du jeune Jin Wang, on s'irrite devant le sitcom agaçant mettant en scène un cousin chinois excessivement stéréotypé. Mais tout est là pour se rejoindre ensuite, et prendre du sens.
Au premier abord, on ne sait pas si c'est du lard ou du cochon. La fausse naïveté qui émane des personnages rend perplexe. Mais c'est pour mieux nous dévorer ensuite.



Je comprends que cette bédé ait raflé des prix aux USA, car sa singularité a de la valeur.
Ne passez pas à côté.


La Marie en plastique, Prudhomme & Rabaté, Futuropolis. (8,5/10)



Le truc est en deux tomes, et tout commence dans la chaleur du moi de mai. On est dans la famille, typique. Le grand-père plante des clous dans son atelier, le conducteur de bus fume sa clope puis appelle les vieux à rejoindre le bus. C'est qu'on revient de Lourdes, oui messieurs mesdames ! La grand-mère débarque, elle est en colère. Papy n'est pas venu la chercher. C'est qu'un différend les sépare. La vieille est bigote, le vieux coco comme un pou.
Mais lorsque le combat se mène autour de la table, après le digeot bien entendu, c'est la sainte vierge en plastique posée au-dessus de la télé qui aura le dernier mot, sous le regard furibond de Lénine en portrait. Un putain de miracle et c'est toute la famille qui part en jus de raisin.

On sent que les deux se sont fait plaisir. Le scénario de Rabaté assure un maximum, et le dessin si particulier de Prudhomme est à la hauteur du projet. On s'y croirait.

Pour vaincre le blues de l'automne, cette bédé fraîche comme un pichet est parfaite.


Rayures, B-GNET, 6 pieds sous terre. (8,5/10)



Argh, mais que se passe-t-il ? Voilà-t-y pas que je me mets à ricaner devant des dessins !! C'est que le gars a le sens du rythme et de l'humour cocasse !
De la première à la dernière case, vous allez suivre les aventures ô combien rocambolesques de Jean-François, l'éléphant qui est en fait un tigre quoique ... et de son ami le panda rencontré comme ça, en immunité diplomatique car espèce en disparition.

Il y a de l'humour Psykopat là-dedans, d'ailleurs j'ai toujours préféré Psykopat à Fluide Glacial. Bref, les aventures de Jean-François, c'est pas de la gnognote ! Même s'il perd son pouvoir de l'ellipse, bien pratique, il finira par trouver d'autres pouvoirs, très efficaces dans le catch de rue.

Je ne vais tout vous raconter, hein, mais je vous assure que c'est la poilade, pour ceux qui ont un humour à peu près similaire au mien ... Mais les autres on s'en fout.


Astro City, Kurt Busiek, Brent Anderson & Alex Ross, Panini comics. (6/10)



Malgré la préface de Frank Miller, qui a dû lire la bédé à l'envers car ce qu'il critique me semble s'y trouver, cette bédé m'a quelque peu fatigué.
Peut-être me suis-je identifié au personnage principal, fatigué lui-aussi. SteelJack sort de taule, il est un homme d'acier, mais le poids des ans a marqué son visage. Sans cesse mélancolique, on le sait car sa voix-off nous accompagne tout le long, il ne sait que faire de ce qui lui reste de vie.
Il rêve de devenir comme ces anges qui peuplaient son enfance, super-héros faisant le bien, rutilant de paillettes, mais ça n'est pas son style. On le retrouve donc à faire le privé pour la population de son ancien quartier. Mais SteelJack traîne les semelles. Et ma patience avec.

Le dessin est à la hauteur du comics moderne, brillant et impeccable. La gueule déprimée de SteelJack, façon Kirk Douglas sous sédatif, fait son effet, du moins au départ. Mais dès qu'il va se recueillir sur la tombe de sa mère, là je dis stop. On va quand même au bout, car ça tient la route question efficacité narrative.
Néanmoins, c'est casse-couille.
Avale ton Lexomil, SteelJack, et fous-nous la paix.


Travail rapide et soigné, François Ayrolles, L'Association. (8/10)



Ces histoires sont parues entre 1994 et 2006 dans Lapin, Spoutnik, Groin, Numéro spécial et Comix 2000.
"A Jeanville, tout le monde s'appelle Jean." Voici commence la première histoire. On est dans l'absurde, et on s'y régale. Le mec maîtrise à la perfection son récit, et ses historiettes, la plus longue fait huit pages, sont d'une saveur particulière.

L'univers de François Ayrolles est étrange, absurde, intelligent et aigre-doux. Son dessin souvent épais trace les ombres de ses personnages fous. On y entre et on y est bien. D'ailleurs, l'un des frères Jacques devient cul-de-jatte, c'est vous dire !!