quelques cases en plus (4), spécial gonzesses !
Par Cyrille le mercredi 30 janvier 2008, 20:09 - BDcédaire - Lien permanent
Et bien oui, les gonzesses aussi aiment dessiner. Et certaines aiment faire des bandes-dessinées. Si si, juré.
Au fait, le festival d'Angoulème 2008 s'est terminé avec un très beau palmarès. Nous vous en avions parlé ici, Là où vont nos pères a eu le prix du meilleur album. Normal, c'est un chef-d'oeuvre. Et dans les Essentiels, nous retrouvons La Marie en plastique, dont nous vous avions parlé là. Décidemment, nous sommes à la pointe de la hype.
Bref, je vous ai concocté une petite sélection de bédés plutôt récentes où les femmes sont à l'honneur.
Château l'Attente, Linda Medley (ed. ça et là) - 8/10

Tout d'abord, l'objet. Magnifique travail des éditions ça et là, qui nous ont concoté un vrai petit grimoire. La mise en page est parfaite, on l'a bien en main, on dormirait avec.
Ensuite, le trait de Linda Medley. On pense au chef-d'oeuvre de Jeff Smith, Bone, et quelque part Château l'Attente est son cousin éloigné. Autant dans ce trait si précis que dans l'univers fantasy qui tient plus des vieilles légendes européennes que des délires guerriers de certain trolls et autres créatures.
Enfin, le récit. Le départ est un peu surprenant. Sommes-nous dans un conte des plus classiques et allons-nous bientôt somnoler ? Ou bien Linda Medley est-elle entrain de nous rouler dans la farine ? Disons que les 50 premières pages des 450 que contient la bédé sont une espèce de présentation, une préface cocace de l'univers dans lequel nous allons nous balader. Conte classique, sorcières, princesses, etc.

Mais une fois que c'est parti, l'aventure vaut le coup. Les personnages féminins ont la part belle, qu'elles soient barbues ou pas, et la grande qualité de cette bande-dessinée réside dans l'intelligence de son auteur. Son art du récit est assez surprenant. Faussement naïf, multipliant les tours de passe-passe et les récits dans le récit avec une aisance remarquable, certains s'y seraient casser le groin. Pas Linda Medley, à qui on ne la fait pas.
Le jeu des hirondelles, Zeina Abirached (ed. Cambourakis) - 8/10

On aurait pu penser, au graphisme de la couverture, qu'on allait tomber dans un clone de Persepolis. Mais attention, Abirached n'est pas Satrapi, et le Liban n'est pas l'Iran. Qu'on se le dise.
Il est évident que leur style participe du même travail graphique, impeccable noir et blanc au graphisme minutieux et géométrique. Mais notre jeune auteur née à Beyrouth en 1981 aime à jouer des répétitions et des ornements, plus à la façon de David B. Sa mise en page est intelligente et porte le récit au-delà d'une simple histoire d'immeuble en pleins bombardements.
La galerie de portraits fait la richesse du récit, le temps passe très agréablement en leur compagnie. Chacun y va de son anecdote truculente ou tragique.
Une belle surprise et une jeune auteur qu'il faudra suivre de près.

Martha Jane Cannary, Blanchin et Perrissin (ed. Futuropolis) - 8,5/10

Deux hommes, Christian Perrissin et Matthieu Blanchin, se sont attaqués à l'une des figures les plus emblématiques de l'émancipation féminine : Calamity Jane. Nous les voyons dès la première page penchés sur leur table de travail. Les sources sont sités, le cadre est posé. Nous sommes donc au XIXème siècle, et nous allons suivre les aventures de la famille Cannary. A l'âge de 15 ans, Martha n'a plus ses parents, elle s'occupe tant bien que mal de ses frères et soeurs. Puis elle décide de prendre le large et de tenter l'aventure. Son besoin de grand air et son désir de ramener de l'argent la pousse à traverser les grands espaces américains, à faire des rencontres chaotiques, à former son caractère.

Cet album raconte les années 1852-1869. Le trait énergique de Blanchin accompagne à merveille les aventures de Calamity jane, avec en filigranes l'histoire des colons américains qui allèrent de l'est à l'ouest. Et celle d'une femme qui n'accepte pas sa condition, bien entendu.
Odile et les crocodiles, Chantal Montellier (ed. de l'An 2, Actes Sud) - 7/10

Paru en 1984 aux Humanoïdes Associés, on retrouve ici le travail sans concession de Chantal Montellier, l'auteur française de bédé la plus engagée à ma connaissance. Je me souviens qu'à l'époque, en 2003, Willem avait attaqué son album Social Fiction dans Libération, et la dame avait demandé un droit de réponse au journal, qui lui avait été refusé. Elle avait alors attaqué le journal, et avait perdu. Bref, tout ça n'a rien à voir avec Odile et les crocodiles. Nous suivons ici les égarements de Odile, femme dont le rapport à la gente masculine est violente. Violée, elle devient une espèce d'ange exterminateur qui décime le masculin pour retrouver ce qu'elle a perdu.

Comme toujours chez Montellier, il faut se faire au dessin qui a pas mal vieilli. Son imagination n'est pas toujours bien accompagnée par ce trait si "années 80". Néanmoins, le discours sans concession, la radicalité du propos rendent la lecture de son travail indispensable à quiconque cherche des sensations fortes et pleines.
Commentaires
Le jeu des hirondelles me tente vraiment bien plus que le Château l'attente, serait-ce les 450 pages qui m'effraient?
mais non, ça passe vite !
totoro ? ça t'intéresse pas les bédés ? Pourtant, c'est ton métier. t'as pas l'électricité dans ton bled, c'est ça ? Hmpff...