Henri prenait son petit déjeuner, petits pains beurrés du bon côté, café au lait et France Info. Lorsqu'arriva le premier phénomène : la petite cuillière était toute molle, et l'on aurait pu penser que le café remuait la cuillère.
Aussi se mit-il immédiatement en position de combat. Le poing serrés, les jambes arquées bien posées sur la moquette, Henri tendit l'oreille puis se précipita contre le mur. Là, il plongea le bras dans le mur qui, comme par enchantement se révéla être un mur factice, une simple feuille de papier qu'il réussit à traverser sans se briser le coude. Sa main attrapa ce qui se cachait derrière et tira. Au bout de sa main apparut le docteur Zwork. Ce dernier était bien confus. Il n'avait pas encore pris son petit déjeuner et salivait sans pouvoir mettre fin à l'humiliation. Voyant sa moquette s'imprégner de l'affreux liquide gluant, Henry offrit une chaise au professeur qui s'en servit pour s'asseoir.

Que nous vaut cette visite, demanda Henry Couglauphe.

Le docteur Zwork ayant fourré trois petits pains dans sa bouche féminine, la réponse se fit attendre, et on finit par l'oublier. Le petit déjeuner reprit son cours. Mais la petite cuillère de Henry ne cessait de couler entre ses doigts. Aussi se mit-il aux aguets, dans la position que nous avons expliquée au-dessus, et fondit-il en direction du plafond, le bras tendu. Le bras traversa la masse gélatineuse plafonière et, l'attraction terrestre aidant, tira de la matière étrange une nymphe démoniaque aux écailles vertes. Henry fit rapidement le signe de l'immobilité sévère et observa son ennemie. Derrière lui, le professeur ayant terminé les petits pains s'attaquait à la cuillère molle, et la mâchait goulûment.
Henry reprit sa place et finit son café au lait. Puis il se leva et éteignit la radio. C'est alors que la nymphe démoniaque se mit à vibrer, ses écailles à tomber sur la belle moquette, jusqu'à ce que la peau éclate et qu'apparaissent les trois fous du comte Qwouzyorn, immondes molusques arrogants et hargneux. Mais Henry n'avait pas son armure magique, et les trois bestioles s'emparèrent de lui. L'un des trois retira un furoncle de derrière son oreille et le projeta sur la moquette. Un chêne y poussa. Le professeur, affamé, se jeta sur une branche et mordit dedans. Il cracha alors l'immonde et fade morceau de l'arbre sans goût mais poli. En effet, l'arbre poussa un infime petit cri et s'excusa platement. L'un des trois fous plongea son bras dans le ventre d'un autre, et en retira un immense boyau dont ils firent une corde, dont ils firent un noeud de pendu. Qu'on enroula autour du cou de Henry.

Henry Couglauphe a les pieds qui chauffent à force de battre l'air. Henry Couglauphe a les ongles qui tremblent à trop serrer la corde. Mais Henry est malin, il a plus d'une corde à son arc, et cette expression qui lui traverse l'esprit le fait sourire, puis rire, puis aux éclats de rire si fort que les éclats se projètent dans la pièce et fendent de toute part les ennemis bien naïfs de Henry Couglauphe. Le dernier éclat romp la corde, et notre héros se retrouve sur ses pieds, posés sur la jolie moquette.
Notre Henry n'a plus qu'à prendre une douche, car notre Henry est recouvert des restes putrides des ennemis bien naïf de Henry Couglauphe.
Quelle force de la nature que notre ami Henry !