Bien le bonjour mes ami(e)s. Je suis bien heureux de vous retrouver. Le goût est un sens. Quelque soit le sens que nous lui donnons, selon que nous ayons bon ou mauvais goût, il est un sens. Le sens n'est pas que la direction voyez-vous, bien que avoir du sens donne de la direction. Bref, mes vacances en Mésencéphalie se sont très bien passées, merci, malgré une confusionite à l'octave élevée qui ne me lache plus. Qui m'aime me suive.

Lorsqu'on me fait remarquer que j'ai mauvais goût, notamment en matière de choix esthétiques qui me caractérisent comme tout un chacun encore de ce monde - à moins que ce soit le précédent, justement, quand on me signale ma singularité donc, je ne peux empêcher le trésaillement d'arpenter la matière musculaire qui caractérise ma condition d'homme. De quoi donc me parle-t-on ? Du bon goût.
C'est une notion for complexe, car dans la bouche elle vous appartient entièrement, et tout au plus déclenche-t-elle quelques surprises lorsqu'elle n'est pas en accord avec l'entourage humain. Celui qui juge le goût du palais de l'autre, celui-là n'est pas pris au sérieux. Après tout, les goûts sont dans la nature. Il est pourtant un domaine où ils échappent totalement à cette dame qu'est la nature, c'est lorsque le discours porte sur l'esthétique. C'est alors le moment d'argumenter, car on vous attend au tournant de la casserole.
En effet, comme la casserole qui ne se prend que dans un sens, celui de l'anse bien entendu, le goût esthétique doit lui-aussi être tenu par l'extrémité, l'appendice dirons-nous. C'est donc ce petit bout qui dépasse qu'il faudra saisir, car tout un chacun le prend dans ce sens, et si vous le prenez dans l'autre, vous êtes damné. Je m'explique.
L'avis commun se fait d'un consensus humain. Si l'on vous dit Picasso c'est de la balle, ne pensez pas Picasso au trou ! Il y a de la valeur dans la peinture de Picasso, si vous ne la voyez pas, vous êtes un sans-goût. Heureusement, je ne fais pas parti de ces gens-là ... L'unanimité est une notion très délicate. Elle évoque pour ma part des phénomènes de foule que nous pensions d'un autre temps. Et pourtant, elle perdure. C'est bien qu'elle est la levure de la foule.
Penser par soi-même est un art des plus acrobatiques, où tantôt nous penchons vers le vide, tantôt vers les cieux. Appelons ça du funambulisme. Car il est des plus excitants de mettre du dégoût là où les autres y trouvent leur compte. Et c'est bien de compte dont nous parlons ici : il faut avoir sa fiche remplie des deux côtés, ce que j'aime d'un côté, ce que je n'aime pas de l'autre, pour prouver que l'on est bien de ce monde.

Il est amusant de remarquer que goût et saveur sont parfois synonymes. Pourtant, ce fameux mauvais goût est parfois si savoureux, tant assumé, totalement à soi, qu'on ne s'en séparera jamais ! C'est bien qu'il y a anguille dans la poêle. En effet, une des épices de la faculté de jugement est le goût de l'autre. Il n'y a rien à faire, on n'en réchappe pas. Il y a bien un moment où Robinson demande son avis à Vendredi. Il ne peut pas faire autrement, il faut qu'il sache. De là se construira son propre goût, son propre dégoût, jusqu'au ragoût final.

Sur quoi donc faut-il porter son goût ? Il n'y a pas matière, sur ce sujet ni à manuel de savoir-vivre, ni à manuel de savoir-goûter. Laisse parler ton coeur dirait la Joconde. Parlons-en tiens de celle-là. Le tableau vu de ses propres yeux semble bien ridicule. Sa taille est atrocement réduite face aux représentations multiples qui en ont été faites. Après tout, la gonzesse pose et te regarde tranquillement, avec un léger sourire en coin certes, mais pas de quoi nourrir l'âme. Pourtant, les dépositaires du bon goût en ont décidé ainsi : le tableau est fascinant. Alors fascinons-nous. Mais bien peu de tableaux ne sont pas fascinants. Toute forme sortie de la cavité cervicale a droit à l'élucubration. La célébrité n'est souvent qu'affaire de statistiques.

Enfin, et je terminerai là-dessus, l'être humain a construit des lois sur toute chose, notamment sur le goût. Il a mis de la morale là où il n'y a qu'une mayonnaise intérieure. Que peut bien vouloir ce personnage qui veut à tout prix que j'aime ce qu'il aime ? Fonder un club ? Convaincre pour se convaincre ? Partager ? La question est ouverte, même si son Tintin en noir et blanc m'est indigeste.
Il est passionnant de remarquer que certains, par leur analyse, rendent l'oeuvre à goûter beaucoup plus suave qu'elle ne l'est, et inversement pour les plus maladroits. Tout est affaire de dosage, un peu de ci, un peu de ça, et le tour est joué.

Une bonne fricassée de mandoline pour terminer la soirée en beauté ! Mmh, z'aimez pas la mandoline ? ...