Le hasard, une histoire de carnet à spirales.
Par Cyrille le jeudi 27 décembre 2007, 23:03 - Blablatages - Lien permanent

Comme le dit si mal le personnage central du médiocre "Signes" de Shyamalan, il existe deux groupes de personne. Ceux qui croient et ceux qui ne croient pas. Bien qu'il y ait aussi ceux qui croient ne pas croire et ceux qui croient croire. Bref, tout ceci n'est pas aussi simple qu'il en a l'air, et nous allons tenter de creuser le coeur de la question, à savoir qu'est-ce que c'est que cette notion de hasard, qui nous fait prendre des lanternes pour des lucioles.
Nous rajouterons aussi ceux qui ne croient pas croire, et ceux qui ne croient pas ne pas croire, pour montrer à quel point l'affaire n'est pas simple. Savourez bien chaque concept, ne vous laissez pas avoir par les apparences trompeuses du langage.
Il me semble que le meilleur moyen de se sortir du traquenard sémantique, c'est de s'appuyer chaleureusement sur le hasard.
Je m'explique :
je travaille avec un carnet à spirales dans lequel je note ce qu'il est besoin de noter. Ce carnet, je l'ai perdu il y a un mois. Après l'avoir cherché dans de nombreux endroits, j'ai aujourd'hui décidé d'en demander un autre. pourquoi aujourd'hui ? C'est simple, Totoro doit passer à la banque, on ne mangera pas ensemble, donc je décide qu'il me faut un carnet pour noter des trucs pour le blog. Pondre un article, quoi. Me voici donc avec mon nouveau carnet, je vais manger, je passe au vestiaire et je découvre mon ancien carnet posé au-dessus de mon casier. Vous vous en doutiez, moi-même je ne fus pas si surpris.
Ce hasard-là, retrouver ce carnet à spirales le jour-même où j'ai abandonné les recherches, on le fréquente, il fait l'évènement.
Chacun aura son explication :
les religieux vous parleront de la main de dieu, les psychologues de l'inconscient, les magiciens de l'entourloupe, les aigris du mensonge, les scientifiques de la tension neuronale, les alcooliques du delirium, les médias du terrorisme, les désespérés de la banalité, les nihilistes de la surenchère, les UMP de la faiblesse, les sportifs de la feinte, les chiens remueront la queue, les boulangers hausseront les épaules, etc etc etc .
Il y a effectivement plusieurs façons d'appréhender le phénomène. Mais nous avons bel et bien affaire à de la magie. Ce carnet n'a pas pu passer ces quelques semaines au-dessus de mon nez sans que je le vois. Si ? Non. La piste du gentil collègue est à écarter, car rares sont ceux qui connaissent l'emplacement exact de mon casier, et me rendre le carent à spirales en main propre eut été plus simple. Que nous reste-t-il si nous dépassons les nombreux exotismes ? Le hasard mesdames messieurs, le hasard dans son extraordinaire banalité, dans sa conventionnelle exception.
Comme je le dis souvent lorsque ce genre d'évènement arrive, Paul Auster en aurait fait une trilogie. Mais ne nous moquons pas, je ne suis pas loin d'en faire de même. Il faut saisir toute la force du hasard qui nous voile la face. D'un côté je suis certain de n'avoir jamais vu ce carnet au-dessus de mon casier, bien que je regarde rarement à cet endroit, mais suffisamment pour mettre le doute.
D'un autre côté, comment a-t-il pu arriver à cet endroit le jour même où je pensais ne jamais le trouver, et où c'est l'idée de faire un billet, ce billet, qui m'a envoyé chercher son remplaçant ?
C'est là que l'évènement prend toute son ampleur, déploie ses ailes. Mais je vais mener l'enquête. S'il existe une explication qui romp le hasard, je vous en informerai.
Commentaires
Etait-ce vraiment ton casier?
Le soir rentrais-tu réellement avec tes propres habits?
S'agissait-il d'un état de somnolence avancé provoqué par ta maladie virale? As-tu trouvé la réponse à cette explication?
Sais-tu où se trouvent exactement tes comics Top 10 et ton roman "Pèlerin" de William Bayer?
As-tu déjà jeté des yeus sur les OUI-NON de Marc-Edouard Nabe?
Crois-tu que cela sera ma denière phrase?
oui
oui
non
non/oui
oui
oui/non
C'est quoi ces oui-non ? ça a un rapport avec oui-oui, ou avec non-non ?
Les oui c'est ce qu'il apprécie et les non ce qu'il n'apprécie pas.( dans la life).
C'est sorti il y a un petit moment déjà, que faisais-je à cette époque? Un petit moment de Ruquier pour découvrir le personnage...
ici
ok, ton gars a l'air d'un fiéfé trouduc. C'est le genre de personnage qui m'horripile, incapable de défendre sa connerie, de débattre, une victime offerte. Tu peux penser que je suis bien-pensant, je me considère juste comme pensant. Avec modestie, mais quand même. Ton pote Nabe est une bouse.
A propos de hasard, puisque c'est le sujet de cet article, il m'en est arivé une bonne. Hier, achetant mon journal, je tombe sur une conversation tournant autour d'un billet de cinq euros sur lequel figure une signature. Le client se demande s'il est valable, le commerçant affirme que oui. Aujourd'hui, je vais acheter un rôti de boeuf et on me refourgue le billet de cinq signé. Que je m'empresse de donner à la vendeuse de patates, parfaites avec le rôti. Lorsqu'elle voit le billet signé, elle s'exclame qu'elle l'a eu entre les mains la veille !
Espérons que notre président ne le balancera pas car il n'a pas de papiers.
Oui, c'est vrai que sa réaction fait petit garçon...
Les extraits "hardcore" de son bouquin ne donnent évidemment pas envie de se plonger dans son bouquin, mais pour avoir vu d'autres entretiens vidéos où son argumentation était un peu plus étoffée, je vais me donner la peine de lire ce que mes limites peuvent supporter.
En même temps il se déclare à qui veut l'entendre comme provocateur et pratique une expression radicale dont lui seul, à mon avis, semble comprendre tout son sens.
Mais bon, le mauvais goût est-il subversif, provocateur ?
Aussi, pour savoir si c'est mon pote de 20 ans je vais d'abord commencer par feuilleter un de ses livres.
si vraiment tu n'as plus rien à lire, pauvre homme, feuillète.
Nabe, je l'avais découvert en feuilletant un volume de son journal (des milliards de page !) à mon époque libraire. C'était assez sympathique.
Et puis j'ai lu un peu du reste, surtout son premier, vaguement culte, qui traîne sur une étagère, Au Régal des vermines. Assez irritant. Anarchiste de droite revendiqué (c'est le revendiqué qui fait mal aux fesses), mais littérateur tout de même assez nécessaire. C'est lui qui m'a fait découvrir Chesterton, tiens.
Pfff, il suffit de lire Borges pour découvrir Chesterton. J'vous jure ...
Toute la différence entre connaître et découvrir. Borges ne m'a jamais donné envie de rien découvrir.
"la bibliothèque de Babel" est l'une des nouvelles qui a le plus marqué mon imaginaire. Elle est dans Fictions.
Pourtant, Borges lance des pistes. Mais si tu n'aimes pas Borges, bien que tu n'ais pas dit ça, alors ...
Il te parlera de La velue de la Ferté-Bernard ! Nabe, nibe.
Well, j'ai été très marqué par Borges, quelques textes de l'Aleph et de Fictions, il y a quelques années. Je suis revenu du bonhomme, enfin de ses textes. Il y a quelquechose de trop précis, de trop maniaque, de trop obsessionnel dans ses textes. Rien de très humain, en tout cas. Et certainement pas le hasard, puisque qu'on y est.
Enfin, mais c'est sans doute lié, alors que je lisais aussi ses Entretiens, il ne m'a donné envie de lire aucun des auteurs dont il parle. Et pourtant, il en passe des gloires comme des méconnus.
Alors voilà, Borges : grand écrivain qui me déplaît.
Je lis en ce moment l'Album Borgès et en effet il cite Chesterton ainsi que Carlyle.
Walt Whitman apparait également bien souvent dans ce livre et est présenté comme étant son poète de prédilection.
Carlyle serait-il poète?
bon, ça va, je suis rassuré. J'ai compris autre chose, et j'étais triste. Précis, oui et non, au vu de Fictions. Il n'hésite pas à piocher allègrement dans sa propre biographie, pardon, dans sa propre vie. Mais putain, l'idée de la bibliothèque de Babel ! Infini bibliothèque où les livres sont, dans leur forme finie, tout ce qui peut être écrit, et le reste. Chaque livre a 410 pages, chaque page 40 lignes, et chaque ligne environ 80 caractères. Le nombre de symboles orthographiques est de 25 : les 22 lettres de l'alphabet (hébreu ?) et l'espace, la virgule et le point. Avec ces ingrédients, tout est possible. Toute pensée se trouve à l'intérieur d'un de ces livres, au nombre totalement impensable mais néanmoins fini ! Toutes les combinaisons possibles et imaginables ! C'est ce "néanmoins fini" qui me fascine, non pas la probabilité hasardeuse qui fait le sens, bien que, mais ce fini, une fois que je l'ai saisi, m'a subjugué.
Bah voilà, à moi, y'm casse les couilles.
Thomas Carlyle ? Voyons ce que dit le dictionnaire des auteurs. Ecrivain anglais, fils d'un pauvre maçon, Les auteurs allemands le fascinent, mais point de poésie à son actif, dans le sens vulgaire du terme. Son "Histoire de la révolution française" semble être importante.
J'aime beaucoup ces livres qui se font de pioches : Le livre des êtres imaginaires de Borges en est un fameux exemples, comme Mouvement perpétuel de Monterroso, chez Les éditions passage du Nord/ouest, où tout n'est qu'une affaire de mouches ...
Carlyle, dans mon esprit, c'est comme Emerson : des auteurs typiquement nationaux, que plus personne ne lit, ou à peine, même dans leurs pays d'origine. Je suis sûr qu'il y a des perles à trouver chez l'un et l'autre, par ailleurs, et c'est ce que je reproche à Borges : de ne susciter aucun désir de lecture chez moi. Sa Bibliothèque de Babel donne-t-elle envie de lire ? mieux, d'ouvrir les yeux ?
Whitman, c'est autre chose, c'est l'anti-Borges !
Tu me rends curieux, avec ton Monterroso, Cyrille.
Enfin : je crois que j'ai un problème avec les sud-américains.
ha. Bon. T'aime pas la mandoline ?
Carlyle, Emerson, Monterroso: du beau monde! Mais vous oubliez quelqu'un!
Si vous aimez la mandoline, alors ce livre est pour vous!
ici
ça y est, Bertrand maîtrise les liens ...