Nous entamons avec l'actualité littéraire de comptoir : le prix Nobel de littérature mondiale a été décerné à un auteur français que je n'ai jamais lu, monsieur Le Clézio. Je n'ai pas cherché à savoir d'où venait sa particule, toujours est-il qu'elle ne lui a pas nécessairement rendu service lorsqu'il a fallu qu'il prenne la parole pour plus ou moins justifier son prix. Ce qui sortit de sa bouche, certainement bien préparé puisqu'il était sur les listes, fut d'une banalité que n'aurait pas dénigrée monsieur Houellebecq. Avec un style correct certes, mais que de vent. Parlons-en du Houellebecq. Est sorti ces jours-ci le livre-évènement, correspondance que l'on veut nous faire sentir comme improbable en Michel Houellebecq et Bernard-Henry Lévy. Encore une fois, je commets l'irréparable puisque je parle sans lire. Pourtant je lis ! Il m'a par contre suffit de regarder quelques vidéos des deux zygotos, que ce soit le JT de France 2 ou l'enregistrement d'une partie de l'émission de Demorand, sur France Inter, pour me faire une idée définitive. Ces deux-là méritent qu'on les considère comme pathétiques, il n'y a rien à redire à ce sujet. Houellebecq est particulièrement vide, quand l'autre connaît les formules toutes faites. j'en suis même allé à regarder quelques vidéos conférence de Michel, pour être sur. On peut dire que ça donne mal au ventre tant ce monsieur est vide de sens, pas même attachant. Il y a d'ailleurs un livre, Léger mal du pays de Wilhelm Genazino, paru chez Bourgois, que Michel aurait adoré écrire. Le cynisme y est omniprésent mais l'auteur germanique a du style, de l'intelligence, de la sensibilité et de l'humour. Tout ce paquet fait l'extrême différence ! Que l'on perde son oreille ou son orteil, on n'en perd pas autant le nord. Un autre qui vient du nord et qui ne se perd pas, c'est bien Dag Solstad. Son livre, Honte et dignité paru aux Allusifs à le style du meilleur Thomas Bernhard et laisse des traces dans le ciboulot. Encore un professeur en difficulté me direz-vous, et je vous répondrai oui et non. Car la crise y est matière à réminiscences. D'ailleurs, le film scolaire de monsieur Cantet, palme d'or au festival de cannes, tient ses promesses. Qu'on se le dise. Et pourtant, malgré toutes ces nourritures médiatiques ou pas, j'en suis revenu à fréquenter un territoire des plus intimes, à savoir la littérature de monsieur Vila-Matas. Entamer un livre d'Enrique, c'est ne prendre aucun risque de ma part puisque j'y suis chez moi. Avec Le mal de Montano, je navigue dans le bonheur. On y trotte, on y passe du coq à l'âne, on s'y repose aussi. Allez tiens, je lui décerne mon prix, le prix Proligère 2008 est accordé à Enrique Vila-Matas pour l'ensemble de son œuvre en devenir. Avez-vous un mot à dire monsieur Vila-Matas ? Enrique ? ...

Le gars est parti avant la remise des prix, il faut dire que Barcelone est juste derrière Séville au classement, derrière Villareal et FC Valence. Et ça lui trotte à Enrique, lui qui aurait pu être footballeur professionnel si la tendinite littéraire ne lui avait pas percé l'esprit. Allez, pour lui rendre hommage, je me sers une petite Camerana, bien que la Catalogne ne soit pas trop son bled. On s'accommode, on s'accommode. Le présent est une image vide qu'il faut sauver par un signe. Genazino le dit et je veux bien le croire. J'aime ces auteurs qui prennent le monde pour un gros ventre vide, et qui s'amusent à le remplir de fioritures. les Monthy Python avaient bien saisi l'image, eux qui s'amusèrent à remplir un faux homme de nourritures exagérées pour le faire éclater de toute sa noblesse ! C'est d'ailleurs étonnant de voir ou de revoir les animations de Terry Gilliam, alors qu'il n'était, excusez du peu, qu'un membre des Monthy Python. L'absurde cruauté qui s'en dégage est un vrai plaisir pour l'œil et la matière cervicale, anthropophage et pornographique, comme une vision pas si ridicule du monde moderne. Sa façon de détourner l'imagerie élisabéthaine est des plus réussies. De nos jours, en francophonie, certains jouent encore au détournement, de Mozinor au Grand détournement, mais ça ne dépasse pas la cheville de Terry. Où en est-il d'ailleurs, ce cher Terry ? La nouvelle catastrophe s'appelle The imaginarium of Doctor Parnassus, et le tournage a été arrêté suite au décès de Heath Ledger qui tenait le rôle principal. Mais qu'à cela ne tienne, les bricolos n'ont peur que d'eux-mêmes ! J'ai vu à la télévision espagnole, lorsque j'étais en vacances à Séville, un documentaire sur un homme qui vous construit un balai à l'ancienne en une demi-journée. Il fallait le voir s'atteler à la tache, prendre ses outils et serrer de tout son corps, ficeler et tirer et poinçonner ! J'ai vu un homme vous fabriquer un manche à balai avec un tronc, à l'aide d'un couteau des plus basiques. Un artisan de plus calleux. Et le plus drôle, c'est qu'il ne cessait de parler pendant qu'il fabriquait. Ne comprenant rien à ce qui se disait, j'imaginais que l'homme racontait sa vie comme si l'effort était sa ponctuation, son rythme quotidien. Il n'y avait aucune musique associée à l'acte, mais j'y aurais bien vu Retribution Gospel Choir, le dernier projet d'Alan Sparhawk, chanteur guitariste de Low. Où pourquoi pas un Animal Collective, puisqu'ils sont le renouveau de l'artisanat à la mode, non sans talent.

je vais achever cette chronique en vous annonçant une non-nouvelle. Demain sera lundi, ou ne sera pas. Point.