Le volume 1 des aventures de la Panthère noire réunit 15 aventures du justicier africain, qui règne sur le Wakanda sous le nom de T’Challa. Un personnage qui a évolué au sein des Vengeurs, l’équipe de justiciers américaine number one. Mais ici, T’Challa se retrouve confronté à des problèmes bien plus personnels et fait cavalier seul afin de se dépatouiller de la mouise dans laquelle l’a foutue ce sacré Christopher Priest. Parce que dans le genre bien barré, le type se pose là; quand on lit l’intro du premier épisode, on commence à comprendre que ça va pas être commun:  " Je me suis demandé ce qu’il faisait avec cette grande cape. Okay, sa petite capeline, ça faisait un peu chochotte, mais EN UNE NUIT, il avait changé de look. J’aurai dû APPELER quelqu’un. A la place, je lui ai apporté du THE. Ca me paraissait indiqué." La singularité de Priest réside dans l’humour absurde qu’il instille dans ces intrigues, et qui permet de développer des personnages riches et complexes.




Le narrateur de ces épisodes s’appelle Everett K. Ross, il est américain, et attaché protocolaire auprès du souverain du Wakanda. Il est coincé, trouillard et maladroit. Et il manie une sorte d’humour noir qui lui permet de faire retomber la pression de ses faibles épaules. Par exemple, lorsqu’il découvre un dossier intitulé « GALACTUS mesures et procédures d’urgences » : « W’Kabi, c’est une blague! Vous avez un plan d’urgence au cas où Galactus rappliquerait? - Comme tout le monde. - C’est ça. « En cas d’attaque du dévoreur de mondes, briser la vitre, tirer le levier, former une file indienne et quitter la planète calmement! ». Le contrepoint parfait du héros mystérieux et droit que représente T’Challa. Cet antagonisme consolide justement le lien fluctuant entre les deux hommes, et Priest va s’en donner à cœur joie pour développer les paradoxes comme celui-ci.

Les intrigues mises en place par Priest vont faire travailler les neurones du lecteur, qui va s’évertuer à essayer de comprendre les différents enjeux et les diverses implications des personnages. La Panthère noire est le type de héros parfait, ayant toujours 3 ou 4 longueurs d’avance sur ses ennemis, et Priest va en profiter pour balader le lecteur dans des récits dont il est peu probables de déterminer l’issue au vu des ingrédients mixés.



La technique de Sal Vellutto au crayon revêt des contours cinématographiques, et ses planches apparaissent comme des montages vraiment bien agencés. L’humour de Priest est très bien rendu par les montages alternés et les plans répétés qui accentuent le côté absurde des situations.

Priest manie la dérision avec une extrême précision, et il détourne les codes habituels des comics pour en faire ressortir l’aspect comique dans des situations souvent tendues et périlleuses. Voir la scène de Hulk au night-club, hilarante, où l’excellent crossover avec Deadpool. Mais en même temps, il décortique les pulsions humaines, bonnes et moins bonnes, pour donner quelques échelles de valeur qui déterminent une vision paradoxale du monde, oscillant entre un pessimisme salvateur et un optimisme parfois dangereux. Perte du pouvoir d’achat, Hydro-Man, manipulation des masses, voyage au royaume de Cauchemar, complications diplomatiques, extra-terrestres… Les sujets traités sont vastes, et la plume de Priest développe tout ce joyeux bordel pour en faire un monument d’absurde et de non-sens.


Et pour finir, un petit florilège de dialogues bien sentis qui devraient achever de vous faire une idée:



« Sam Wilson était travailleur social à Harlem. Une mouette radoactive l’a mordu, et, depuis, il est… LE FAUCON. Je crois que ses super-pouvoirs se limitaient à parler à son OISEAU et à faire du collard en pots. »

« Daniel Rand était un multi-millionnaire, qui s’agitait dans tous les sens, en collant-de-fête jaune et vert. Carl Lucas a fait un séjour injuste en prison où… heu… où il est tombé dans une cuve de porridge et est devenu Luke Cage alias POWERMAN. »

Triathlon qui débite un beau laïus à Deadpool: « Tu devrais poser ton arme. Ecoute… Tu sembles chercher quelque chose qui manque vraiment à ta vie. On peut partager des choses ensemble, si tu veux. (temps suspendu) - Dis-moi qu’tu vas pas m’embrasser. -J’vais pas t’embrasser. -C’est bon. On s’casse.

« La caisse de Ma était un vieux pick-up. Dans mon MONDE à moi, c’était une Mustang décapotable. Ma passagère était blonde, et Rex arborait un collier clouté de diamants. En vérité, c’était le Vaisseau Enterprise. La Mustang, c’était un mensonge pour les potes. Il y a comme ça PLUSIEURS NIVEAUX d’aveuglement dans le monde-pour-rire… y a les histoires pour les POTES et celles pour SOI-MEME. Ca permet aux p’tits gros de garder la tête hors de l’eau. »