James Lee Burke

On se fout un peu de mes expériences de lecture, mais bon, il se trouve que James Lee Burke et moi, ça a fait deux pendant un sacré bout de temps.
Et puis j’ai lu son dernier opus dans la langue de Shakespeare et j’ai complètement fondu.

Je ne rêve plus que jambalaya et gumbo, bayous et Nouvelle Orléans, descendants de misérables planteurs de coton et de richissimes propriétaires terriens, infâmes extorqueurs de pétrole et sublimes détectives inspirés.
Tous les ingrédients du bon polar sont réunis : le héros récurrent, la localisation géographique et le petit parfum d’autodestruction qui fleure bon le noir de chez noir.

C’est beau comme du grand romain américain, c’est le sud, et le style est d’une très grande classe.



Georges Chesbro

Le plus fantasque et too much de tous les écrivains de ma connaissance édités chez Rivages.
Le héros de Chesbro s’appelle Mongo “le magnifique”, est un nain spécialiste ès criminologie (il l’enseigne), surdoué (QI de 140) et ceinture noire de karaté.
Les intrigues abondent dans le dingo et le bigger than life jusqu’à frôler le fantastique, mais Chesbro croit toujours à fond dans ses excès.
On est à la fois dans la filiation circus du polar américain (voir les polars de Frederic Brown) et dans la lignée débridée du pulp populaire (oubliée par le polar et alpaguée par la SF).
Le monde est en danger, des méchants excessivement très méchants menacent l’équilibre du monde, on voyage sur tous les continents et l'amour et les sentiments ne sont pas en reste !

C'est chouette et c'est fun : disons-le tout clair, tout court : ça décoiffe !


Richard Stark

Le grand événement de la littérature au XXème siècle, c’est la littérature de genre. Le grand événement de la littérature de genre au XXème siècle, c’est le roman policier. Le grand événement du roman policier au XXème siècle, c’est le style hardboiled. Le grand événement du style hardboiled au XXème siècle, c’est Richard Stark.

La série des Parker a une histoire singulière : elle est l’oeuvre d’un pseudonyme (Donald Westlake se planque derrière son prête-nom), elle s’étend au rythme très populaire de un, deux, trois & jusqu’à quatre livres par an de 1962 à 1974. Puis, plus rien pendant 23 ans. Et, en 1997, résurrection de Parker aussi frais qu’un gardon.

Qu’est-ce que le hardboiled ? du roman de dur à cuire, sans concession, sans subtilité, massif. Le romanesque y opère une réduction aussi drastique que celle connue par le cinéma dès le milieu des années 50 (remember Kiss me deadly) avec la série B et jusqu’au cinéma de genre des années 70. L’action et sa description font tout (voir, par exemple, les débuts de roman)

Le héros est un truand, un bandit, un voleur ; il n’a qu’un intérêt, le sien ; il n’a qu’un principe, défendre son intérêt ; il tue sans état d’âme quand il s’agit de défendre son principe, son intérêt. Le polar hardboiled est à l’image du monde, à l'image du siècle : sans idéal, sans morale, sans âme.

Essentiel.

Charles Willeford (1919-1888)

Cet auteur un peu méconnu (toujours en bas dans les rayons, il faut se baisser) est très reconnu par ses confrères. De récentes ré-éditions anglo-saxonnes l'attestent : le lointain Willeford est préfacé par Elmore Leonard, James Lee Burke, Donald Westlake et Lawrence Block. Excusez du peu, et sans compter l'admiration déclarée d'un James Crumley.

Après la guerre et un cortège de décorations militaires, Charles Willeford s'occupe de chevaux, de boxe, de radio, de peinture; au Japon, en France, au Pérou et en Floride. Il écrit et publie mais sans connaître le succès. Il arrête d'écrire pendant une décennie.
Puis, il imagine un personnage de polar, Walter Moseley, qui connaît un succès immédiat. Quatre volumes paraîtront, mini-série indispensable. Son plus gros chèque lui parvient juste avant qu'il ne meure. Son dernier roman, l'île flottante infestée de requins, est une terrible merveille.