Milgram et la télé-réalité-fiction...
Par Cyrille le dimanche 26 avril 2009, 20:02 - Médias et sociétés - Lien permanent

Libération faisait sa couverture ce week-end avec le suivi d'une tournage de documentaire de France 2. Plutôt surprenant lorsqu'on se penche un peu sur l'actualité. Suivant les travaux de Milgram ("Soumission à l'autorité", 1960-1963), portés à l'écran par Henri Verneuil (1979) dans "I comme Icare", le producteur christophe Nick tente l'expérience en changeant le décor. Nous sommes ici dans un jeu télévisé.
L'article en soit ne fait que détailler ce que nous pouvons imaginer. D'où l'agacement qu'il peut susciter. Mais commençons par l'expérience.
Ce que Milgram a fait, c'est de proposer aux étudiants de campus universitaires américains une expérience. La mémorisation était le sujet du travail, et le cobaye recevait une décharge électrique, envoyé par l'étudiant volontaire à chaque mauvaise réponse. Seulement voila, le cobaye était un acteur, les décharges étaient fictives, ainsi que les cris de douleur, et les possibilités punitives pouvaient aller jusqu'à une décharge mortelle.
Le constat fut saisissant : plus de 60 % des élèves allaient au bout. C'est-à-dire qu'ils poussaient le voltage punitif jusqu'au maximum. La blouse blanche à côté d'eux était là pour pour les rassurer, ils n'avaient aucune responsabilité quant à ce qui se passait, l'expérimentateur portait TOUTE la responsabilité. Milgram voulait dénoncer l'obéissance aveugle, la déresponsabilisation. Quelque part, il lança les pistes pour essayer de saisir une partie de l'horreur humaine, généreusement mise en scène en ce fameux 20ième siècle...
Le documentaire qui nous intéresse suit le même principe. Seulement il ne se déroule pas sur un campus universitaire, mais au Studio 107, plaine St-Denis. Et l'expérimentateur n'a pas de blouse blanche, il est ici remplacé par une présentatrice, Tania Young. Le tournage est sensé être le pilote d'un jeu télévisé. Son nom ? La Zone Xtrême. De la même façon, il y a deux candidats, dont l'un des deux n'en est pas un, mais un comédien qui jouera le jeu truqué.
Le verdict en sans appel, quoi que prévisible. Plus de la moitié des candidats qui participent à ce qu'ils pensent être un jeu vont au bout de la souffrance infligée. Lorsque l'autre candidat (le comédien) commet des erreurs, ils envoient des décharges (fictives) jusqu'au niveau DANGER. Aller dans le rouge ne leur fait pas peur, la présentatrice est là, derrière eux, pour les mettre en confiance.
Sur le web, la plupart des réactions est intéressante : les commentateurs sont offusqués, lassés, ou prennent cette expérience pour une récupération de la télé-réalité. Alors que toute cette orchestration est une expérience, beaucoup semblent n'y voir qu'un ersatz de la télé-réalité, vicieuse certes, mais banale. Dans l'article de Libé, le questionnement du producteur est là : peut-on critiquer la télévision à la télévision ? Bourdieu s'était déjà posé la question après son cuisant échec sur le plateau d'Arrêt sur images. Le fait que cette expérience soit produite par le service public (France 2) y est aussi pour quelque chose.
Je ne sais pas quelles étaient les réactions, à l'époque, à propos des expériences de Milgram, mais je sais que celle-ci, retranscrite dans une banalité télévisuelle bien de notre temps, laisse à réfléchir. Je ne suis pas offusqué, car je ne vois pas ce qui aurait bien pu changer entre ces fameuses années 30-40 et maintenant. La banalisation de la violence, son esthétisation sont une évidence. Il n'y a donc pas de raison que nous ayons gagné en humanité. Je ne suis pas choqué non plus, car l'expérience a le mérite d'être mise en place, et dénoncer les travers de la stupidité télévisuelle est plutôt louable. Quant aux travers de l'expérience, attendons de voir la diffusion pour juger.
Commentaires
J'avais déjà eu vent des expériences de Milgram, je crois que c'est une bonne idée de remettre ça en 2009. Si on interrogeai nos contemporains, je crois que tout le monde aurait été terroriste ou hors la loi (résistant) durant l'occupation.
A une époque où tout le monde s'est finalement résigné à se soumettre à "On y peut rien si certains sont sacrifiés : C'est la crise", qui ressemble à "Y z'avait qu'à la gagner la guerre" ou lorque qu'on a mis au pouvoir un homme qui pense qu'il est intolérable que des hommes se révoltent lorsqu'on leur retire tout au nom de la paix civile, ça donne une idée de ce qu'il est possible de rendre acceptable en matière d'inhumanité. De la même façon, pour revenir à Milgram, je pense que la plupart d'entre nous affirmera qu'il ne pousserai pas le bouton juste parce qu'on lui demande de le faire. Posons nous la question. C'est bien ce que l'on fait tout les jours dans notre travail d'une manière moins frontale certe, mais nous le faisons. Où se situe notre limite ?
Lorsque l'on déresponsabilise l'individu de ses actes, on ouvre la porte à sa cruauté passive. Sans doute même que les candidats qui poussent le bouton découvre le plaisir inavoué d'avoir quelqu'un a sa merci...et surtout sans qu'on le punisse...
En effet, rien n'a changé entre les années 30-40. Par exemple, aujourd'hui,il y a toujours de bonnes raisons de dénoncer l'appel à l'insurection, à la révolte, au désordre pour le maintient de la paix des ménages et de la sacro sainte relance de notre système économique qui nous sauvera de la pauvreté et de la mort... Au nom de l'Eden où les anges seront des consommateurs heureux...
Par contre, je ne vois pas en quoi cette expérience permettra de dénoncer la stupidité télévisuelle, c'est pour les diffuseur un autre moyen de faire de l'audience avec une TV réalité déguisé en programme qui dénonce, la bonne vieille méthode habituelle. Tout comme les JT et les reportages sensationnels, reste la petite lucarne en verre qui marquera toujours la distance entre ce que le spectateur y voit et sa vie réelle. Une distance entre sa propre cruauté et celle du candidat bourreau qu'il dénoncera fermement devant la petite lucarne... La routine, quoi...
Pour moi, toute la problématique est là, on se pensera toujours différent, que nos actes, nos choix, notre poulet aux hormones du Dimanche. Nos obligations seront toujours plus légitimes. Quoi que l'on lise, voit, entende, ce sera toujours les autres qui sont cons, les gens qui sont fous, le monde qui déconne, les époques qui ne sont plus ce qu'elle était avant ou le contraire... Mais les médias nous permette souvent penser que tout ça c'est les autres, et que les autres c'est pas vraiment nous...
Signé : un masochiste.
J'ai oublié la fin de cette phrase :
"Pour moi, toute la problématique est là, on se pensera toujours différent, que nos actes, nos choix, notre poulet aux hormones du Dimanche sont justifiable."
Pourquoi ne pourrait-on pas critiquer un certain fonctionnement de la télévision en utilisant le support télévisuel ? C'est quelque chose que je n'arrive pas à saisir. Ce n'est pas tant le support, le contenant, que le contenu qui est à critiquer.
"Par contre, je ne vois pas en quoi cette expérience permettra de dénoncer la stupidité télévisuelle, c'est pour les diffuseurs un autre moyen de faire de l'audience avec une TV réalité déguisé en programme qui dénonce, la bonne vieille méthode habituelle."
Derrière chaque critique une manipulation ? J'attends de voir mais ça donne à réfléchir, ce qui est déjà en soi une critique.
L'idée est que le pouvoir s'est déplacé, ou multiplié. Le Tout Pouvoir que nous donnions aux blouses blanches, nous le donnons aussi au plateau-télé.
"Pourquoi ne pourrait-on pas critiquer un certain fonctionnement de la télévision en utilisant le support télévisuel ?"
Je dis pas que l'on peut pas, on peut... mais je dis que ca ne fonctionne pas. Dumoins je n'y crois pas. La télévision créée la distance, la preuve en est par la banalisation de la violence que tu évoques à un moment. Ca marche ici de la même façon. Ce sera juste un show dont on parlera en s'insurgeant durant 3 jours au plus... C'est ça l'effet télévision...
Derrière chaque critique une manipulation ? Non, je dis pas ça, j'attend aussi de voir la forme que ça prendra. Je dis plutôt que derrière chaque sujet : un programme dans la grille des programmes... Je suis sûr que les intentions sont bonnes à la bases, mais on en apprendra pas plus sur le genre humain que dans Koh Lanta... pour moi, rien de nouveau...
C'est vrai que remplacer la blouse blanche par un présentateur de TV est plus qu'interessant, après faut voir, France 2 ne pas surpris depuis longtemps si ce n'est avec "Faites entrer l'accusé"
C'est vrai que si Ondelatte en personne me demande d'electrocuter quelqu'un, je ne répond plus de rien... j'exécutes !
"La télévision créée la distance"
Distance avec quoi ?
Et le cinéma ?
Et la littérature, la bédé, la boisson alcoolisée, le sexe et l'amour ?
Qu'est-ce que tu racontes, enfin !?
Mais je te retourne la question !
Elle créée la distance avec la vie, la réalité, soit, les autres... enfin il me semble.
Et je ne parle pas de l'écran de TV, l'outil avec lequel tu mates tes dvds, je parle bien des programmes tels qu'on les connaîts
Le cinéma, la littérature, la bédé etc... c'est bien différent des médias, c'est de l'art. tu seras d'accord avec moi !? L'art c'est la vie, et le lard, c'est du cochon !
L'expérience Milgram est intéressante, mais bon, ok, voyons quelle format... pardon, je veux dire, quelle forme ça prendra sur France 2.
La tv n'est pas un reflet de la réalité mais elle prétend l'être, en fait, elle en créée une autre. C'est un miroir déformable. Un fenêtre derrière laquelle rien ne peut nous arriver, dans laquelle une image en chasse une autre.Ce qu'on y voit reste définitivement à l'intérieur, les humains que l'on y voit agir, souffrir, mourir y compris...
C'est de cette distance là dont je parle...
Voilà.
La tv n'est pas un reflet de la réalité mais elle prétend l'être, en fait, elle en créée une autre. C'est un miroir déformable. Un fenêtre derrière laquelle rien ne peut nous arriver, dans laquelle une image en chasse une autre.Ce qu'on y voit reste définitivement à l'intérieur, les humains que l'on y voit agir, souffrir, mourir y compris...
Remplace le mot tv par celui de ton choix :
- livre
- cinéma
- patate douce
- sexe
- sommeil
- internet
- pantalon patte d'eph
- sushi au thon
- peinture du XIX
- voyage en bus
Rassures moi, tu fais quand même la différence entre les arts et les médias ou en effet le débat est mort né !?
- livre
- cinéma
- patate douce
- sexe
- toi
- moi
- etc...
...n'ont pas de prétentions d'objectivités. Le JT, France 2, les médias, eux, oui c'est leur boulot...
Tout est froid dans la lucarne, la vie est froide. Pas dans l'art, pas dans la vie, pas dans le sexe... Donc non, je ne peut pas remplacer tv par aucuns de ces mots, j'aime trop les voyage en bus et le sexe pour ça...
Par contre le froid ca marche aussi pour les sushis au thon, pour celui là, je te l'accorde...
Finalement dans l'idée de distance dont vous discutez, y'a l'idée d'une barrière confortable entre la réalité fictionnalisée et le spectateur, qui peut se prendre les pires trucs dans la tronche mais avec la sureté de ne pas être atteint. Milgram fonctionne presque de la même manière finalement, en déresponsabilisant l'animal spectateur / acteur qui appuie juste sur un bouton. DU coup remplacer la blouse blanche par un Benjamin Castaldi de pacotille. Finalement si l'expérience est concluante, le monde se transforme en "idiocracy" plutôt qu'en "Videodrome"...bon Clément veut l'ordi...adios
Et si le faux candidat cobaille mourrait vraiment electrocuté en direct par l'autre candidat cobaille bourreau pour faire le buzz ? Là, je dis pas...
Milgram ca vaut bien 1 kill, non ?
Tout ça pour en arriver là, oui je sais, c'est honteux...
la différence entre les arts et les médias ?
Quel est le rapport ? Je ne vois pas où tu veux en venir, sebB. Peut-être veut démontrer que les médias sont le Mal et les arts le Bien ?
Si tu veux parler d'objectivité, parlons-en. Le cinéma a toute une partie de sa production vouée à la propagande, du moins pas mal de film donne une leçon. Avec une prétention à l'objectivité. rare, très rares sont les films qui sont ouvertement subjectifs. La fiction pense avoir tous les droits, il me semble.
Bien sur que la machine médiatique empêche les voix de s'élever, c'est son rôle. Mais je ne pense pas que la machine artistique échappe à ça.
La télévision n'est qu'un support, une façon de diffuser une information. Si elle diffuse ton court-métrage, l'expérience sera-t-elle si froide que ça ?
J'en reviens pas : la machine artistique ?! Ça sort d'où ça, la machine artistique ?! Des films objectifs alors ? C'est quoi ? J'en ai jamais vu !
La propagande !? Ah merci de m'apprendre des choses, j'avais jamais entendu parler de tout ça, que je suis con...
Tu pars dans tous les sens, tu dis tout et n'importes quoi...
J'ai déjà répondu a toutes les questions que tu poses...
Si c'est juste le dernier mot que tu veux, je te le laisse... avec plaisir... Amuse toi bien avec ta machine artistique... (j'en veux une, ca se trouve où ? chez Darty ?)
Déjà tu te calmes.
J'essaie de suivre tes réponses, et d'y répondre.
Com 4 : tu parles d'une distance créée par la TV. J'imagine que tu parles d'une distance avec la réalité, je te demande de préciser dans le com 7. Parce qu'après tout, cette idée de distance se discute. Le spectacle du plateau-tv est une parodie de la réalité, tout le monde sait que ça n'est pas du direct, que les questions sont préparées, on joue le jeu de la réalité.
La littérature peut créer une distance avec la réalité. Je te jure que c'est vrai.
com 8 : tu précises ton idée de la distance. Ok.
Par contre, quand tu dis : "Le cinéma, la littérature, la bédé etc... c'est bien différent des médias, c'est de l'art." il me semble que cette idée d'art est intouchable dans ton esprit. Pas dans le mien.
Dans le com 13 : je te le dis. Je ne vois pas pourquoi tu confrontes art et média. Hier soir, j'ai regardé un plateau-TV avec trois architectes et Thierry Paquot, qui débattaient du grand Paris. C'était bien. Mieux que quelques films qui passaient au même moment dans une sacro-sainte salle de cinéma. Tu vois ce que je veux dire ? Médias et art n'ont pas à être confrontés, à mon avis. Mais tu peux défendre le tien, j'attends ça impatiemment. Le débat m'intéresse et je suis prêt à changer d'avis.
Dans le com 9, tu parles de la prétention de la petite lucarne à incarner la réalité, que j'appellerai plutôt objectivité. Elle peut sembler vouloir passer pour objective. D'où ma réponse dans le com 13. Traiter un sujet, être objectif sur le sujet, voila le truc. Le cinéma aussi, la littérature aussi veut parfois accéder à ce statut d'objectivité. Par le biais de la fiction, certes, et ça peut être la grande différence. Mais personnellement, je n'en suis pas sur. Et je questionne la sacro-sainte fiction.
Bien sur que tu sais que la propagande fait parti du jeu, je n'ai nullement la prétention de te l'apprendre. Cela donne parfois de très beaux objets artistiques, d'ailleurs.
Mais l'art, comme les médias, est une machine, beaucoup se sont penchés sur la question, je n'invente rien. Comme l'idée de machine artistique n'est pas de moi. Appelons-là machinerie, ou entreprise de l'art. Voir la marchandisation. Comme tu veux.
Connais-tu l'idée de machine désirante de Deleuze et Guattari ? Tu trouves ça dans l'Anti-Oedipe, c'est assez intéressant, quand même, même si certains trouvent Deleuze jargonneux.
Si tu veux qu'on parle de l'objectivité dans le cinéma, je veux bien te donner des exemples, mais j'attends que tu te calmes un peu. Je n'aime pas du tout te voir dans cet état. Je dirais même que ça me rend triste.
"Pourquoi ne pourrait-on pas critiquer un certain fonctionnement de la télévision en utilisant le support télévisuel ?"
Tu rappelles à juste titre la frustration de Bourdieu consécutive à son passage dans l'émission Arrêt sur Images. La première raison, c'est sans doute la manque de temps laissé aux invités pour s'expliquer sur un plateau. Le dispositif même du plateau de télévision est un second frein (une mise en scène statique, codifiée, un peu rigide, avec des mouvements limités pour que les invités restent dans le champ des caméras). Le troisième frein est lié à la mise en abyme : je suis dans la télé et je critique la télé. Quelle est donc ma cohérence ou ma morale en tant qu'acteur participant à un spectacle que je dénonce ? Le quatrième frein est liée à l'apect économique de la chose : la télévision grand public est un médium (ou un média si tu veux) assez protégé. Pour accéder à l'antenne, il faut l'assentiment d'une longue chaîne d'intervenants, quelle que soit l'émission (information, documentaire, etc.). Ces intervenants ont souvent des comptes à rendre à leurs financeurs, qu'ils soient publics ou privés. Ces financeurs ont rarement intérêt à ce que des critiques fortes de la télévision soient diffusées et rencontrent un public important. D'autres freins existent, que je ne vais pas lister, parce que ce serait long et fastidieux. Je pense aux travaux de l'école de Francfort, de Bourdieu, de Pierre Carles, de Chomsky, aux écrits de Debord, de Serge Halimi, aux critiques de Serge Daney, etc.
Je ne pense pas que la critique de la télévision à la télévision soit vouée à l'échec, mais je crois que, pour que cette critique ait un effet sur le spectateur, il faut qu'elle se situe en dehors de la grille de programmation. Je m'explique : imaginons un documentaire critique sur la télévision. Un truc sacrément bien fichu qui démonte les mécanismes de la lucarne. Imaginons qu'il soit diffusé sur une chaîne grand public courageuse à une heure de grande écoute. Ce documentaire passerait après un autre programme (par exemple un journal télévisé) et avant un autre programme (par exemple une émission littéraire). Quel pouvoir de conviction ce docu aurait-il ? Quel pouvoir subversif ? Aucun, sans doute, car ce ne serait qu'une pierre jetée dans le ruisseau des émissions de la journée. Qu'une 1/2 page dans le télérama habituel.
Imaginons à présent ce même documentaire apporté sur un plateau télé par des militants qui auraient pris le contrôle de ce plateau. Son pouvoir serait sans doute décuplé. Pourquoi ? Parce qu'il n'entrerait pas dans le dispositif normal. De façon générale, je dirais que le direct est la modalité la plus propice à créer une critique forte de la télévision. Parce qu'il est sujet à des cafouillages, à des imperfections, à des fragilités. Personnellement, j'aime toujours les petits moments de prise d'antenne par des manifestants, parce qu'on a le sentiment que cette chose normalisée qu'est la télévision peut soudainement devenir autre chose : un espace de liberté de parole touchant un nombre très important de personnes. Bref, une brèche.
Tu t'étonnes que je perd patience, mais quand je lis ton com 13, y'a de quoi s'emporter. Bon, je dois avouer que j'étais déjà énervé avant de te lire... C'est le blog qui a tout pris dans la gueule, mais ma colère n'était pas dirigé envers toi, tu le sais bien, mais plutôt envers ce que tu dis... On est dans le cadre d' Airmole, on a le droit de s'énerver, non ?
Je n'essaie pas de démontrer que les médias c'est le mal et l'art le bien,(c'est entre autres cette remarque qui m'a foutu en boule...) et je ne les confontre pas, souviens toi que c'est toi qui a mis le cinéma et la littérature dans la discussion...
Pour moi, tu élargis le débat pour brouiller les pistes. Ce que je dis simplement, c'est que lorsque que PPDA annonce au 20h qu'il y a eu 12 morts en Allemagne causé par la fièvre porcine, c'est pas l'art, c'est de "l'info"( ou du cochon ) , c'est à dire que ce n'est pas un point de vue objectif. Alors, oui, on peut y trouver forme artistique là dedans, mais si tu vas par là, on a pas fini...
Quand John Wayne meurt dans fort Alamo ou quand Indiana Jones trouve le Graal, c'est de la fiction et ça n'a pas d'autres prétentions. Le JT, oui et il n'en prend pas toujours la responsabilité de cette prétention.
Pour mieux me faire comprendre au sujet de la distance : si tu vois un homme mourir sur le palier de ta porte, tu seras sans doute plus interpelé que si tu vois le même fait divers à la tv. C'est de cette distance là dont je parle, rien d'autre... Et pourtant, qu'il soit à la tv ou devant ta porte, cette homme et son drame sont bien réels, mais ça n'aura pas le même effet...d'où la distance... c'est d'ailleur pour ça que je parlais plutôt des médias que la la tv en soi...ca marche aussi pour les journaux... Cette distance là, ne s'applique qu'aux médias, puisqu'eux seuls ( à part sans doute quelques exemples qui confirment cette règle ) montre la "réalité" au sens brut
Par ailleurs, ce que j'essais de te faire entendre, c'est que pour moi, cette expérience Milgram prendra la forme d'un autre buzz sous le couvert de dénoncer des trucs. Un peu de la même façon qu' M6 lorsque qu'a peine 6 mois avant de lancer Loft story, ils dénoncaient les programmes scandaleux d'endémol aux pays bas dans zone interdite ou je ne sais qu'elle émission "info sensation".
Je n'y vois pas autre chose qu'un autre programme a sensations.
Et puis surtout, cette expérience qui veux démontrer que les gens sont corvéables a souhait, je n'y crois pas vraiment parce que j'ai encore foi en l'humanité. Parce que les candidats selectionnés, tout comme dans Loft Secret Koh lanta story, sont soigneusement selectionnés. En plus, si c'est du chiqué, que ce n'est pas une véritable expérience, mais une mise en scène, je ne vois plus du tout l'interêt en dehors d'un truc concon rigolo a regarder. L'impact risque d'être minime...
Pour en finir avec ça, Quand tu évoques la machine artistique, que cette idée vienne de toi ou non, je ne comprend pas ce que ça veut dire. Et en effet, je ne connais pas l'idée de la machine désirante de Deleuze, c'est peut être pour ça... mais je veux bien me renseigner.
Si par machine artistique, tu fais allusion au marché ou à l'industrie où l'art se mêlent, ça reste en premier lieu de l'industrie selon moi. La création artistique se met au service de la propagande, de la pub ou de tout ce que tu veux, mais ce que je dis c'est que ça n'en est pas la définition...Va parler de machine artistique à Van Gogh ou à Mozart... Tu n'es pas devenu musicien en te disant que c'était le moyen idéal pour te faire du fric, ou parce que tu veux faire parti d'une grosse machinerie. Que les artistes cherchent a gagner leur vie dans un monde où règne le grand marché économique est un autre problème. On ne peut pas limiter ça à un point de vue sociologique, dumoins dans ce débat là...
Bon, désolé si tu as été ébranlé par mon coup de gueule, mais je deviens sanguin quand je sent qu'on me cherche des poux ou qu'on essais de me faire dire ce que je n'ai pas dit...Ca me rend fou dingo !
"...en Allemagne causé par la fièvre porcine, c'est pas l'art, c'est de "l'info"( ou du cochon ) , c'est à dire que ce n'est pas un point de vue objectif"
Vous avez corrigé par vous même, je voulais dire au contraire :... c'est un point de vue objectif
je réponds en écoutant http://www.myspace.com/nicolasdick
Oui, je vois où tu veux en venir, et je suis d'accord dans l'idée. Mais personnellement, en tant que spectateur, l'idée du MilgramTV fait déjà date. Quel que soit le résultat lors de la diffusion, quels que soient les ratés et les réussites du documentaire, car c'est un documentaire en quelque sorte, j'ai déjà calé l'idée MilgramTV dans mes connexions synaptiques et m'en sert pour comprendre le monde. Pour moi, cette idée fait date. Et son échec pourrait aussi faire date...
Tapez "trou du cul du web" sur google.
http://scinfolex.wordpress.com/2009...
bel article sur le monde moderne, possessif...
ah ah, Hortefeux disait à propos des caméras de video-surveillance, "si vous n'avez rien à vous reprocher, vous n'avez pas à avoir peur d'être filmé." Pris à son propre piège ?