Pour la petite histoire, le label Max est la ligne adulte de Marvel Comics, c’est la réponse logique au label Vertigo de chez DC (The Authority, Top Ten, Preacher, Transmetropolitan…). Et elle permet de publier des récits beaucoup plus violents et sanglants que ceux que l’on trouve en kiosque.

Pour tout de suite mettre les choses au clair, il n’y a qu’à donner le nom du scénariste: Garth Ennis. Ca devrait suffire à vous mettre la bave aux lèvres, non? Depuis 2000, c’est lui qui régit exclusivement l’existence du Punisher, et son choix de le mettre en retrait du monde classique Marvel s’avère payante. Ici, pas de combats entre super-héros costumés, pas de rafale optique ou de colosse surpuissant, mais une ambiance polar avec des ruelles sombres et suintantes, des truands sans pitié et des flics pourris. Bienvenue dans l’univers de Frank Castle, ex-Marine devenu vigilante suite au massacre de sa famille.



Garth Ennis prolonge les chemins tortueux empruntés pour son Preacher et nourrit son récit avec le même désespoir teinté d’humour noir. Pour cette mini-série intitulée Les Négriers, Ennis met de côté les habituels trafiquants de drogue et autres mafieux pour plonger le Punisher dans les arcanes de la prostitution. Après avoir sauvé une jeune femme des griffes de ses esclavagistes, il va apprendre l’existence d’un réseau de traite des blanches dirigé par des mercenaires moldaves. Le premier épisode met l’intrigue en place efficacement en intégrant une émotion assez inédite pour le personnage, avec une scène poignante entre Castle et sa protégée: après l’avoir ramenée dans son QG, il la laisse se reposer. Quand elle hurle en proie à ses cauchemars, il s’approche, s’assied à côté d’elle et lui tient la main. Elle va lui planter ses ongles jusqu’au sang, mais Castle reste à ses côtés. C’est beau à pleurer.

Ce personnage de Viorica est l’incarnation de toutes ces femmes torturées qui débarquent de l’Est, et le choc des atrocités qu’il découvre va amener Frank Castle à employer des méthodes extrêmes. On ne peut pas qualifier le personnage du Punisher de particulièrement expressif, mais on peut se rendre compte que ses émotions passent généralement par les armes. Et au vu de l’arsenal utilisé pour contrer les proxénètes moldaves, on peut dire qu’il a réellement été touché par l’histoire de Viorica… Le dégoût qu’il ressent lorsqu’elle lui raconte son histoire ne peut que déboucher sur une hécatombe…


Entre l’utilisation d’armes blanches, de pistolet ou de fusil à pompe, Castle n’as que l’embarras du choix. Mais le côté Max du récit tient aux méthodes réellement gores qu’il utilise pour faire parler ou pour tuer ses ennemis: l’éviscération, l’immolation, tout y passe, et rien n’est hors-champ. Et c’est là que ressurgit l’ambiguïté du personnage, qui utilise des méthodes aussi barbares que celles de ses ennemis, et qui applique la loi du talion avec la rigueur d'un psychopathe. Le lecteur se retrouve lui aussi face à ses ambiguïtés, pris d’un côté entre une certaine répulsion pour ces actes de torture et une fascination malsaine à voir des pourritures intégrales se faire dessouder avec leurs propres techniques. Le Punisher fait écho à des pulsions primaires de destruction, à la manière d’un Dexter, puisque ses victimes sont toutes des salopards de la pire espèce.

L’atmosphère très lourde de ce volume doit beaucoup à Ennis, mais aussi au crayon de Leandro Fernandez dont le travail sur les ombres évoque ce que l’on a pu voir sur les Dark Night de la période Miller. Les expressions du visage passant par les rides alors que les yeux sont dans la pénombre, les éclairages sombres coupant les personnages de leur environnement… Différentes méthodes qui enferment les protagonistes dans un espace nocturne et désespéré…



Si certains personnages respectent une logique à l’ancienne en étant complètement mauvais et en incarnant à eux seuls toute la pourriture de ce bas monde, un soin particulier a été apporté au tandem de flics qui tente de faire plonger les ripoux de leur section. Marcie Miller, la femme-flic coriace pas trop jolie, et Russ Parker, le petit black victime des railleries homosexuelles de ses collègues. Ils apportent une bouffée d’humanité entre un justicier radical et des mercenaires sans pitié. Mais ils représentent aussi la marge de manœuvre très limitée de la police, gangrenée à la fois de l’extérieur et de l’intérieur.

Ce tome 7 se veut donc captivant et sanglant, et je rajouterais juste que les couvertures sont magnifiques. En bonus, une couv que j’adore du prochain Punisher, le bien-nommé Barracuda. C’est pour bientôt…