LA DERNIERE SEMAINE DE MONSIEUR PROLIGERE (16)
Par Cyrille le dimanche 18 septembre 2005, 12:06 - Monsieur Proligère - Lien permanent
Sixième journée.
C’est comme ça que ça se passe. On se lève le matin, c’est devenu une habitude. Pourtant, on n’avait pas prévu que le soleil serait derrière la fenêtre. Et il était bien là le bougre, tout enflé de ses rayons de chaleur !
J’avais alors organisé un petit déjeuner hâtif et de circonstance. M’étant installé à la table, je commençais à digérer mes trois tartines, mon jus d’orange et mon café tout juste avalés. Une pipe sembla la bienvenue en ce jour inhabituel.
J’allais donc me lever pour prendre mes ustensiles sur l’étagère, dans l’idée de fêter l’évènement, lorsque mes jambes refusèrent de se déplier. J’étais là, inondé de jeunes rayons fiers, les jambes lumineuses et croisées. Je n’avais plus qu’à profiter de mon immobilité. Après tout, une crampe n’a rien d’extraordinaire à mon âge, même si elle ne s’accompagne d’aucune douleur.
La cour de mon immeuble avait l’air prise elle aussi dans un ciment cosmique. Je l’observais par ma fenêtre, sans avoir à froncer les yeux. En effet, le soleil n’atteignait que mes jambes croisées, des chevilles au nombril. Ma cuisse supérieure, celle qui réchauffait l’autre, commençait à cuire.
Il me vint alors des échauffements que je pensais perdus à jamais. Une partie intime de mon corps se mit à se remplir de sang, si bien que je me trouvai vite dans l’inconfort de mes jambes croisées. Je tentai quelques ajustements de position, quelques contorsions ridicules, mais la boursouflure prenait des proportions de toute première jeunesse. Je me trouvais bêtement tiraillé entre la douleur et le plaisir. Si bien que lorsqu’un nuage vint à passer devant le soleil, mon premier réflexe fut de dénouer mes jambes.
La manifestation se résorba rapidement, et j’eus beau croiser à nouveau mes jambes dans tous les sens, jamais je ne retrouvai le bon agencement. Je me levai alors, et fourrai ma pipe tout en rageant. Le soleil réapparut, mais je l’évitai. Tout juste lui crachai-je quelques bouffées en pleine figure.
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