Quoi qu’on en pense, il y a du bon dans le cochon. Je vous dis ça parce qu’au lieu de prendre la chose gentiment, il a fallu qu’il prenne ses airs de deux airs. Sur le coup, j’ai du mettre un sourire de côté. Je suis allé chercher au plus profond de moi-même ce que j’y avais laissé depuis bien longtemps. Et je me suis lancé, sans méfiance.
« Tout d’abord, vous ne me parlez pas sur ce ton jeune homme, car je pourrais être votre père et rien ne vous prouve que je ne le suis pas. A trop se fier aux apparences, mon cher, on en devient bête. J’ai bien connu votre mère, et elle me l’a bien rendu, de façon biblique bien entendu. Ne faites pas cet air, ça ne vous regarde pas plus que ça.
Ensuite, si je vous dis que je vous ramène votre foutu travail en boîte et que vous ne le voyez pas, et je vous ai bien expliqué qu’il avait disparu, prenez-vous en plutôt à votre perception. La perception est quelque chose qu’on travaille jeune homme, et il me semble que les gens de votre génération l’ont oublié. Il faut faire des efforts importants pour ne plus se fier aux apparences, ces chères apparences qui vous tiennent tant à cœur. Réfléchissez un peu, même si vous n’avez pas la formation pour ça. Si je vous ramène quelque chose qui a disparu, comment pourriez-vous le voir du premier coup d’œil, hein ?
Enfin, vous qui avez un travail, ou est-elle votre boîte qui le contient ? Seriez-vous donc à l’intérieur même de cette boîte ? Dans ce cas, j’y suis aussi, donc nous travaillons ensemble. Aussi, dorénavant, tournez quelques fois votre langue en bouche avant de gueuler comme un cochon. »
Il fit une tête étrange. Je ne suis pas sur qu’il ait bien compris, mais peu importe, l’essentiel est passé. Je suis parti sans qu’on me fasse de remarques, le cœur battant comme jamais, mais fier comme un boeuf.