... C'est bien parce qu'à ce jour j'ai 32 ans, et ce depuis trente deux jours, que me revient à l'esprit le première indice de l'enquête. A l'âge de cinq ans, il me fut offert un tee-shirt à l'effigie du numéro 32. C'était un de ces tee-shirt que l'on porte comme une armure, qui accompagnent nos aventures et s'imprègnent de nos effronteries. Ce 32 magique eut vite fait, à la façon kabbalistique, de devenir un 5 des plus sorciers. Dès lors, le sort était lancé.
C'est ainsi que le cinq m'accompagne. Il est le rythme qui me sert de marche-pied. Je compte en effet par tranche de cinq sur les différents espaces que portent les sols. Et lorsque mon pied va entrer dans une nouvelle surface sans avoir accompli sa cinquaine, un léger coup de talon régule la somme.

La numérologie a toujours accompagné l'être humain, ce mammifère spécial. Je pense à ce Mariano José de Larra, espagnol du XIXème siècle, qui avait en horreur le chiffre 24. Tous les 23 du mois, il se préparait au pire, qui jamais n'arrivait, ce qui le rendait de plus en plus inéluctable.
De même, le "jamais deux sans trois" se transforma dans l'esprit du jeune Mohammed Fevid en "jamais 203", qui devint une espèce de malédiction. Emprisonné pour une affaire politique des plus sombres, il mit fin à ses jours en cellule, le 203ème jour de sa détention, sans avoir jamais pu compter les jours, car la pièce n'avait pas de fenêtre, et il n'avait que deux repas tous les trois jours, distribués au gré du macabre hasard.

Qui peut prétendre que les numéros n'ont pas de vie, que ce n'est que superstition ? A partir du moment où l'esprit humain y croit, cela devient réalité, il n'y a pas d'autre réalité. Mon nom se concrétise dans le numéro 6, ce qui ne m'arrange pas. J'aurais préféré que Proligère soit 5. Mais que voulez-vous, on ne peut pas tout avoir. Ce six ne m'évoque que l'expression "six pieds sous terre" ... Heureusement, Bartok est là qui me rassure : il écrira six magnifiques quatuors à cordes, pas un de plus, pas un de moins. Si ce n'est pas un signe !

Alors que j'assistais à la projection du délicieux court-métrage de Jorge Furtado en Argentine, l'année 1991, intitulé "L'île aux fleurs", que l'on peut voir ici, le chiffre 9 192 631 770 resta dans ma mémoire, comme planté à la bêche. La seconde est définie comme étant équivalente à ce chiffre, qui sont les cycles de radiation d'un atome de césium. Sa somme magique est le 9, qui correspond à la fin, au terminus, de même que la somme magique de pleur.

Une seconde suffit bien à rompre l'équilibre fragile d'une vie.