Je ne vais pas vous tricoter des mitaines, je viens tout juste de me réveiller et je n'ai aucune idée de l'endroit où je me trouve, ni du comment ni du pourquoi je me trouve ici, et encore moins du qui je suis. Que je sois, je n'en doute pas puisque je vous adresse la parole, aimables oreilles muettes et inertes. Que vous m'entendiez ou pas, peu m'importe. Tant que je vous parle, j'entends le son résonner dans ma gorge sèche et ça me rafraîchit le coeur. Me voilà donc allongé sur une surface froide et blanche, du marbre au premier coup d'oeil. Ne m'en veuillez pas si je goûte, je goûte et c'est bien du marbre. Pourtant, et je ne suis pas fou, du moins je n'ai pas d'hallucinations, enfin je le pense, pourtant me voilà en extérieur. D'ailleurs, lorsque je me remets sur le dos, car voyez-vous mon corps est faible et contusionné, lorsque je me remets sur le dos je peux voir les branchages glacés d'un arbre pâle. Je baisse les yeux jusqu'à son tronc et je vois une pancarte : il est écrit Blaec-Erbal. Et bien, ça ne me dit rien. En même temps, rien ne me dit quoi que ce soit, puisque je ne me souviens de rien. Derrière moi, les vagues hésitent éternellement. J'ai dû m'échouer. Je vérifie, je suis bel et bien trempé. Me voici donc en Robinson, sur une terre marbrée. J'essaie de me lever, regardez bien comme j'essaye, mais mes bras ne me portent pas. Je n'ai plus qu'à attendre que le courage me revienne. Les branches du Braec-Erbal frissonnent. Y aurait-il quelqu'un pour m'aider à me lever, et à retrouver la mémoire ? J'ouvre la bouche, et un immonde glissement sonore rejoint mon ventre vide. Tiens, c'est vrai, j'ai faim. Cet arbre est-il fruitier ? Qu'un fruit tombe de la branhe à ma bouche, directement, et je retrouverai le nom qu'on me donne. Mais celà ne se passe pas. A vue d'oeil, je dirais que la journée touche à sa fin. Le soleil frappeur est une épaule agréable, mais lorsque la nuit tombera, je devrai trouver un coin pour abriter mes faiblesses. Peut-être faudra-t-il que je pêche. Rien que l'idée de devoir attraper un poisson avec je ne sais quoi, puis de lui enlever les entrailles pour le dévorer cru, car je n'ai aucun moyen de faire un feu, me débecte. De rage, mes coudes me portent, et me voici assis. Ha ! Le sang circule. Qui suis-je ? Ai-je besoin de le savoir ? Je rampe jusqu'au pied de l'arbre et je regarde le fil de la mer. ëtes-vous encore là ?