Ma main s'enfonce dans mon intérieur et palpe mes entrailles comme de vulgaires légumes, elle fouille et sépare les tubercules des graines, les feuillus des épineux, les verts des rouges. Puis elle en fait des petits tas, qu'elle malaxe en homoncules. Me voilà habité d'une armée de Golems farineux prêts à s'affronter.

Je ne suis que le spectateur de la joute, mes yeux sont rivés au centre de moi-même, mon ventre comme un aquarium.

La main marque le départ de l'affrontement, index levé, trois deux un zéro. Les armes juteuses cognent et font des étincelles, chacun y va de son coup de rein, de son déhanchement vertigineux, les têtes se rencontrent et explosent, on ramasse les membres qu'on confectionne en nouvel évangelion. L'issue du combat est impossible à déterminer tant les gestes sont mélangés, insaisissables, espèce de bouillabaisse guerrière et infantile. Mon oeil à du mal à suivre les évènements, aussi va-t-il chercher la main-arbitre dans le coin de la scène.

La main n'est plus mienne, elle a récupéré sa féminité, peinte et longue. Je la vois reposée en bassine, prenant la température des ondes. Il ne me reste plus qu'à plonger en moi-même, au fond de mon aquarium, et d'aller me lover au centre de la dame. A peine y ai-je pensé que j'y suis, replié sur moi-même, bercé par les chocs des armées qui s'affrontent au-dessus de nous. Mon corps prend la forme d'un pois, rond et sourd, et la main m'accueille et se fermant sur moi.

Je perds peu à peu conscience de mes limites cutanées, je ne suis plus qu'un pois, recouvert d'une cosse humaine, peau et chairs féminines, le rêve pré-natal m'enveloppe, me voilà parti pour toujours.

Doigts allongés, sauterelles endormies, filets de harengs, ombrelles sautillantes, colombes carressées, ressac approximatif, ombre stroboscopique ...