Doigts allongés, sauterelles endormies, filets de harengs, ombrelles sautillantes, colombes carressées, ressac approximatif, ombre stroboscopique, hallebardes et cadenas.
Des piles de cartons forment les parois de ma cage. Le sol est un ciment nu, dur et froid. Je me tortille et reprend mes esprits. Un seul me suffirait. Je lance un ho ho dans l'air, qui tourneboule, rebondit sur les limites de l'immensité invisible, et me revient droit dans la gueule. D'un coup de nuque qui manque de me dévisser, je l'évite. Il me faut bien quelques secondes pour me mettre debout. J'ai sur le corps une espèce de pyjama ridicule. Autour de moi, des cartons à perte de vue. Au-dessus de ma tête, une voûte de verre. Autour de mon poignet, un bracelet en acier avec une lumière rouge qui clignotte. Je fais quelques pas en direction des cartons pour me dégourdir les jambes. Lorsque je les touche du doigt, des images me reviennent, cet arbre qui me servit alors de siège d'embarquement. Tout cela s'est-il passé dans mon crâne ? Ou bien y suis-je, au fond de ce gouffre chimique et humide ? Bah, laissons ces questions aux universitaires et visitons les lieux du monde réel.
Il est clair que l'espace dans lequel je suis enfermé n'a aucune porte de sortie. Je pense un instant à grimper sur les cartons, mais l'idée de me casser quelques côtes me freine, ainsi que l'impression d'être observé. La faim commence à sérieusement me tirailler les tripes. Aussi, pour faire passer le temps, je commence à gratter le carton qui est devant moi. Il s'ouvre sans difficulté, à mon grand étonnement. Je glisse ma tête à l'intérieur : vide, sinon un caillou rond comme une lune. Je passe au carton suivant, puis un autre, encore un autre. Tous sont aussi ridicules les uns que les autres. Vides, sinon ce caillou rond comme une lune.
Suis-je voué à ronger des cailloux ?
Soudain, un grattement me fait tourner la tête : un rat !