Jusqu'à présent, nous nous étions imaginés prendre la courbe des nonchalances humaines sans nous soucier des ombres qu'ils laissent derrière eux, de ces épaisseurs sécrétoires qui feraient fuir un arbre. Mais les choses ont changé, nous n'avons plus le souffle d'antan, nous prenons la poussière, on nous glisse des lames dans l'interstice, on nous utilise pour ornementer des panneaux de carton, nous sentons arriver la transparence, le vide. Et leurs ombres ont pris de l'épaisseur, elles ! Thanatos m'a glissé dans l'oreille le message ricanant suivant : maintenant qu'ils ont transformé la mort en nourriture de coloriage, et que la suite de l'affaire ne les regarde plus, nous avons du soucis à nous faire. Je risque d'avoir du boulot ...

Jusqu'à présent nous les utilisions comme des véhicules de fantasme, mais les choses ont changé. Ils ne vivent plus avec leurs ombres, ils vivent à l'intérieur. Plus de place pour nos carapaces. Certains ont bien essayé de raviver la profondeur du gouffre, mais nous ne sommes plus capable d'attirer leur attention.
Que nous reste-t-il ? A peine quelques larmes de fatigue, incontrôlables et risibles. Il y a de quoi perdre la foi.