Epuisé, le sommeil me prend, et je le laisse faire.
Je compte sur mes doigts dont les fils se détachent les uns après les autres.
Les uns après les autres, mes doigts se comptent d'eux-mêmes.
D'eux-mêmes, les fils de mes doigts dessinent les tranchées de mes songes.
Les tranchées de mes songes plongent dans la terre meuble du sommeil.
Epuisé, je prends le sommeil dans les fils de mes doigts, et le sommeil trébuche.
Et le sommeil trébuche dans la terre meuble, chair de mon destrier ronflant.
Les branchies ronflantes de mon destrier vibrent sous les fils de mes doigts.
Mes doigts plongent dans les branchies et tissent la tranchée de mes songes.
Et je les laisse faire, épuisé par le sommeil qui s'effiloche.
Nous creusons, nous progressons dans l'intérieur, nous avançons dans l'obscurité muette.
Autant garder les yeux ouverts dans l'obscurité du songe nuageux.
Autant garder les mains ouvertes dans la chair meuble du songe batracien.
Les unes après les autres, les mottes de terre me passent par dessus la tête.
Jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien à gratter, jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien à arracher.
C'est la fin du songe, la fin du parcours.
Nous sommes face au mur qui ne supporte rien.
Face au mur sans épaisseur
Face au mur sans
Face au mur
face au
Face
à
Face
il faut tout effacer,
pour tout recommencer
pour tout
effacer pour tout
recommencer pour tout
et pour tout
effacer
face à face
recommencer
face à face
tout face
è recommencer è
tout face
à effacer à