Chacun regarde l'autre. Le temps se fait épingle à nourrice. Les bruits de succion résonnent dans l'aquarium océanique. Le couple royal aspire les organes de notre soeur Octave. Je vois mes amis se transformer en poudre multicolore et rejoindre la surface horizontale. J'aurais bien dans l'idée d'aller les picorer, reprendre des forces en ingurgitant les restes poussiéreux de mes frères, mais les ombres rôdent au-dessus. Et la chaleur prend une tournure désagréable. Ce que je prenais pour un néon n'est pas moins qu'un soleil, ovale, implacable. Alors je prends la route, je marche, je regarde mes pieds passer l'un devant l'autre, je ne bute sur aucun obstacle. Tout est uniforme, cruellement uniforme. Qui me dit que j'avance ? Au fur et à mesure que mes pas se succèdent, leur empreinte disparaît. Je pense que je tourne en rond, en ovale, en tube. La première forme me surprend. C'est une ombre dans le ciel, une ombre suffisamment épaisse pour cacher le soleil. Je lève les yeux, la bête fonce sur moi. Alors je cours, sans prendre une direction, je cours devant moi, derrière moi, partout à la fois. Mais la créature poiscaille me suit mollement, elle attend que je m'épuise. N'ayant aucune autre alternative, il ne me reste plus qu'à creuser. C'est bien le seul espace, celui qui me tient debout, qui va pouvoir m'aider à disparaître. Alors je creuse. Mes mains prennent le relai de mes jambes, l'une devant l'autre, rejetant en arrière la matière. Me voici donc enfoui, grelotant de fatigue. Il me faut continuer à creuser pour ne pas m'endormir à jamais. Je sais que je descends car la température baisse. J'ai de moins en moins d'air. Mes ongles sont remplis, mes doigts engourdis. L'obscurité est totale. Ce sera là mon tombeau. Quand soudain ma main traverse la surface, de l'air de la lumière, tout s'effondre et me voici chutant, dans un ciel gris et lumineux. Je ne distingue pas encore le sol, s'il en est un. Toujours est-il que je chute. Je me dis qu'au moins je suis sur de prendre une bonne direction, droite et directe. Lorsqu'une forme apparaît sous moi. C'est la créature qui renifle mon terrier. Je tombe dans sa direction, et sa superficie se fait de plus en plus précise. Je finis par atterrir sur la poiscaille, m'enfonçant dans sa mousse comme dans un berceau. Epuisé, le sommeil me prend, et je le laisse faire.