Pas évident de sortir une critique de ce film lorsque nos yeux sont encore chauds de tant de rapidité. Comme Jason Bourne le film coure, file, s'échappe encore et encore, c'est bien du cinéma de fuite auquel on assiste, où le chasseur devient proie puis inversement, bousculant les directions, les issues et les vies des personnages en contact avec Jason Bourne.
Première surprise, le film débute avant la fin du deuxième volet (à Moscou), il reprend Jason Bourne juste après la poursuite en voiture dantesque fatale à son adversaire, Karl Urban, l'homme qui à tué Marie, la compagne (de fuite) de Bourne. Blessé, il doit échapper à la police moscovite, il fuit vers la rédemption, essayant de comprendre par où tout à commencer, où a été crée Jason Bourne, où il est devenu ce qu'il est...on apprend donc que Treadstone, l'agence de supers tueurs n'est que l'arbre qui cache la forêt et que Bourne fut le premier d'une expérience plus vaste et secrète.



Toujours en danger, toujours traqué, passant de ville en ville en suivant le fil du complot, Bourne se retrouve à courir après (comme le spectateur) l'épilogue du deuxième épisode (Washington), ce moment où il converse avec Pamela Landy au téléphone, tout en l'observant à longue distance d'un immeuble (le coup classique de Bourne). Pamela Landy remercie Bourne pour les preuves qu'il lui a fourni, il demande pourquoi on le traque encore, Pamela s'en excuse (son pardon ne pourra qu'être officieux) mais lui donne son vrai nom : David Webb. Moment de calme à la fin de "The Bourne Supremacy", dans "The Bourne Ultimatum" le hors champ (ou hors action) se découvre et le calme est remplacé par une tension énorme, créee par tout ce qui c'est passé avant et ce qui tend à se passer après.
Ce procédé révèle toute l'intelligence de la série des Bourne et surtout des deux volets dus à Paul Greengrass. En filmant au cœur de l'action pur, les silences, les regards, les gestes, en limitant les explications au stricte minimum, Greengrass crée des séquences kaléidoscopique où on aurait accès à une face à la fois, créant par défaut des hors-champs multiples, en découle un nouveau cinéma d'action, plus proche de la sécheresse narrative d'un "French Connection" que des artifices d'un "James Bond". William Friedkin n'est donc pas loin, et son "Traqué" (2003) est un autre thriller minéral (de poursuite) construit comme une ligne de fuite.



Revenons à "The Bourne Ultimatum" et plaçons quelques superlatifs pour terminer en beauté, Matt Damon est toujours impeccable et impressionnant de présence physique, Julia Stiles manie avec bonheur les silences, on accueille avec plaisir le génial Albert Finney dans le bestiaire des hommes de l'ombre, la musique de John Powell atteint enfin sa maturité ici et évitent les fautes de gout qui pouvaient perturber les deux premiers volets, la mise en scène de Paul Greengrass, étonnante de lucidité, m'a encore secoué pour quelques mois…
Exemples : la scène de la gare de Waterloo est splendide, les scènes d'intimités sont magnifiques de concision, la poursuite en caisse courte mais apocalyptique....la poursuite en moto en plein Tanger...pfffiooooouuuuu.....les poursuites à pied, les sauts de fenêtres en fenêtres... cette caméra qui suit Bourne partout, lui collant à la peau....d'ailleurs ce "Bourne Ultimatum" c'est un peu "La caméra dans la peau".



On pourrait aussi parler de l'utilisation du téléphone mobile dans le film, renvoyant "24h" à ses jouets, des enjeux politiques critiqués dans le film ciblant directement l'administration Bush....mais ce serait abuser du temps des lecteurs qui doivent avoir qu'une envie, courir dans la salle la plus proche et attendre que les lumières s'éteignent pour laisser la place à Jason Bourne !