Des abords de la plage jusqu'au plus haut point de la colline boisée s'entreposent ce qui fut noté dans la célèbre liste "et vous qu'emporteriez-vous sur une île déserte".
On y trouva donc :

- des piles de CD, piles de vinyls, piles de cassettes par tas de dix, par style, par époque, par couleur.
- des piles de livres par tas de dix, par style, par époque, par couleur.
- des héros fatigués accoudés au comptoir, attendant qu'on leur serve un ultime verre, tournant parfois la tête en direction d'un frémissement.
- des nymphettes jouant aux dames sur la plage, habillées en écolière, pharmacienne, caissière, nageuse olympique, bassiste de speed-metal, phalangiste, et autres pyjamas.
- des animaux de conte de fée, broutant et étirant leurs muscles magiques.
- de l'électroménager ronflant sous la tonnelle.
- une colline d'ouvre-boîte.
- des rangées de pianistes de bar, jouant la même rengaine en fermant légèrement les yeux.
- des tablées immuables, où crustacés et pudding prennent la poussière.
- des murailles de tonneaux de rhum.
- des mères et pères rajeunis de trente ans.
- des souvenirs épais comme des bombonnes de gaz, sans cesse rejoués.
- des premiers baisers, des départs larmoyants, des crocs en jambe, des accolades.


Et derrière la palissade, j'entendais le murmure des infinités humaines, projetées par crachat fantasmatique au-delà de la limite accordée par mon voyage organisé.