Prenez-le, ouvrez-le à la page 63. Comptez les phrases : et oui, il y en a 8. Nous en arrivons donc à un roman dont tout le monde dit qu'il n'a qu'une phrase, et lorsque nous lisons la page 63, nous en comptons huit. Comment cela est-il possible ? Comment un roman d'une seule phrase peut-il contenir une page à huit phrases ?
Nous sommes devant une équation assez particulière. L'ensemble Z contient un seul élément P, qui contient lui-même plusieurs éléments P. C'est donc que l'idée de phrase a été dépassée, qu'un texte contenant plusieurs phrases peut n'être qu'une seule phrase.
Je pensais que personne n'avait lu ce livre jusqu'à la page 63, mais vu l'unanimité quant à la forme uni-phrase de ce roman, je commence à me poser des questions. Suis-je devenu à ce point réactionnaire que je ne peux pas accepter qu'un roman contenant plusieurs phrases n'en ai qu'une seule ? Ou bien ai-je eu le malheur de lire la page 63; la page maudite qu'il ne fallait surtout pas lire ? Heureusement la page 293 est là pour me rassurer. Elle contient 22 phrases mais attention, elle est un texte dans le texte. Je vous dévoile donc la solution de l'impossible équation. Il y a le texte, longue phrase interminable (jusqu'à la page 517), et il y a les textes dans le texte.
Ce roman, épuisant et valeureux, n'est donc pas qu'une unique phrase, comme vous risquez de l'entendre si vous tendez l'oreille. Il était facile de garder cette caractéristique, d'en faire un phénomène de foire ("vous avez ce roman écrit d'une seule phrase ?"). Mais je suis ici pour vous remettre la vérité en mains propres. Ce livre a plusieurs phrases. Un point c'est tout.